L'intérêt des scientifiques pour le climat passé n'a rien de récent: la question préoccupe les naturalistes à partir du XVIIIe siècle. Plus précisément depuis la découverte, par des paléontologues comme Buffon (1707-1788), de vestiges démontrant la présence passée de faunes des climats chauds en Europe et en Afrique du Nord. Les premières observations glaciologiques jouent également un rôle dans la prise de conscience de l'évolutivité du climat.

Les savants de la fin du XVIIIe s'étonnent de découvrir sur le Plateau suisse, sur des sols de toute autre nature, d'importants blocs de granit isolés. Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) exprime bien cette surprise: «Les granits ne se forment pas dans la terre comme des truffes, et ne croissent pas comme des sapins sur les roches calcaires!» En réalité, ces blocs dits «erratiques», ont été arrachés aux Alpes et déplacés par des glaciers disparus, comme plusieurs savants helvétiques s'en rendront compte au XIXe siècle.

Des historiens ont retrouvé les premières intuitions de l'évolution glaciaire chez des personnages de terrain. Vers 1818, le guide chamoniard, Jean-Pierre Perraudin, affirme, sur la base de ses seules observations: «Les glaciers de nos montagnes ont eu jadis une bien plus grande extension qu'aujourd'hui. Toute notre vallée jusqu'à une grande hauteur au-dessus de la Dranse a été occupée par un vaste glacier.» Ce sont des savants comme Jean de Charpentier, le directeur des mines de sel de Bex, ou le scientifique de renommée mondiale Louis Agassiz, qui confirment ces observations et formulent l'hypothèse des glaciations. La reconstitution de l'histoire du climat devient nécessaire.