Habitat

Une vie de propriétaire sans s’endetter? C’est possible, mais il faut s’exiler

Partout dans le monde, des «réfugiés de l’immobilier» ont décidé de construire leur maison à bas prix, avec des matériaux recyclés, bon marché ou gratuits. En Suisse, tristement, ces solutions alternatives restent difficilement applicables

Il était une fois un couple de jeunes mariés qui décida d’acheter une grande maison et d’avoir beaucoup d’enfants. «La vie est merveilleuse de nos jours, car les femmes et les hommes travaillent», dit Robert Kiyosaki dans son best-seller Père riche, père pauvre (Ed. Un monde différent, 1977). «Deux revenus représentent un bonheur suprême.» Une fois installé dans sa «McMansion» – ce néologisme, contraction de McDonald’s et de mansion, désigne une grande et coûteuse habitation dénuée de charme, fabriquée en série par des promoteurs immobiliers – l’heureux couple doit cependant s’acquitter de ses nouvelles obligations financières: impôt sur la valeur locative, impôt foncier, hypothèque, frais de copropriété et d’entretien (toiture, jardin, chaudière qui tombe subitement en panne, etc.).

Pris au piège de la foire d’empoigne – se lever, aller travailler, payer des factures, se lever de nouveau, aller travailler, payer des factures – et submergés par leurs nouvelles dettes, nos nouveaux propriétaires se mettent en quête de promotions et d’augmentations de salaire. Vains efforts. «Leurs dépenses semblent toujours se maintenir au niveau de leurs revenus. Et pour cause. Si ceux-ci grimpent, la tranche de leur barème fiscal et les frais de la vie quotidienne aussi», poursuit Robert Kiyosaki.

Il ajoute que les problèmes monétaires d’un individu sont rarement réglés par une rentrée d’argent. «Seule l’intelligence résout les problèmes. Il existe un adage qu’un de mes amis répète sans cesse aux gens endettés: «Si vous vous retrouvez dans un trou… cessez de creuser.»

Habiter autrement

Dans How to Live Mortgage Free («Comment vivre sans hypothèque»), une série inspirante diffusée sur Netflix depuis 2018, l’experte en immobilier Sarah Beeny est partie à la rencontre d’individus dont l’objectif était de trouver «une alternative à une vie d’endettement et de remboursements mensuels». Le téléspectateur fait la connaissance de Freddie et Katie, un couple de vingtenaires qui décide de transformer deux vieilles remorques de camion en appartement.

Leur caravane cinq étoiles terminée, ils la garent sur les terres agricoles des parents de Freddie. Ailleurs, Steph a converti le garage de ses parents en un somptueux espace de vie et de travail. Coût de l’opération? Douze mille livres sterling, soit 16 000 francs. A Londres, enfin, une jeune femme vit sur une péniche entièrement rénovée avec l’équivalent de 20 000 francs.

Pour rentrer dans leurs frais, ces propriétaires utilisent des matériaux gratuits ou recyclés – le parquet est réalisé à partir de planches de bois qui ont autrefois servi au coffrage pour couler le béton sur les chantiers – et l’aide de leurs parents et amis. Interrogés, tous assurent que leurs loyers et hypothèques plombaient leur budget. Libérés de cette charge, ils peuvent enfin profiter pleinement de la vie (travailler à temps partiel, multiplier les voyages et les loisirs, etc.).

Des solutions alternatives au béton

Les solutions alternatives aux «McMansions» ne datent pas d’hier. Partout dans le monde, des aspirants propriétaires expérimentent les briques de terre comprimée, la terre coulée, les bottes de paille, le «papier-béton» et quantité d’autres matériaux qui permettent d’ériger une maison résistante à moindres frais.

En France métropolitaine, Guillaume Cannat est parvenu à assembler un Domespace, une maison aux formes rondes et chaleureuses dont la particularité est de tourner avec le soleil. Le chantier d’un an et demi a nécessité 2800 heures de travail et quatre personnes. Son coût est de 280 000 euros pour une surface habitable de 170 m². Isolé en liège, recouvert d’un bardage en bois de cèdre très résistant aux intempéries et peu onéreux à remplacer, le Domespace a reçu le Prix de l’environnement en Allemagne en 1994.

Dans l’ouest du Texas, les disciples d’un architecte visionnaire, l’Egyptien Hassan Fathy, ont créé l’Adobe Alliance («alliance du pisé») afin de construire des maisons en briques de terre crue pour les nombreux habitants à faible revenu et sans emploi de la région. «Ces belles structures n’exigent pratiquement aucune dépense (les autoconstructeurs utilisant la terre locale) et sont des merveilles de conception intelligente et d’ingéniosité», note Juliet Schor, auteure de La véritable richesse, une économie du temps retrouvé (Ed. Charles Léopold Mayer).

Dans le Montana enfin, Tom et Renee Elpel, un couple adepte de la frugalité heureuse, ont quant à eux construit une somptueuse maison solaire en pierre sèche avec un budget de 100 dollars le mètre carré et un revenu de 12 000 dollars par an.

Et en Suisse?

Ces solutions sont-elles applicables en Suisse? Des trois avocats spécialisés en droit de la construction et de l’immobilier contactés, seul Me François Bellanger a accepté de répondre à nos questions. Le motif de cette omerta? Leurs études respectives «conseillent beaucoup de banques de la place, il serait mal vu de donner des conseils pour éviter de payer une hypothèque». Pourtant, lesdites banques peuvent se détendre. «Ces solutions sont difficilement applicables en Suisse, indique-t-il. S’il est parfaitement possible de réaliser des constructions comme le Domespace en zone villa, c’est exclu en zone agricole.»

Le mode de vie de Freddie et Katie en particulier n’est pas envisageable sur sol helvétique. «Un mobile home est considéré comme une construction soumise à autorisation dès lors qu’elle est installée de manière durable sur le même terrain et sert à l’habitat. A moins d’être utilisée comme logement principal par un agriculteur, elle est interdite en zone agricole.»

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Quant au garage transformé en habitation, ce changement d’affectation est possible en zone à bâtir pour autant que le garage respecte les règles de construction applicables. «Il est interdit d’ouvrir une fenêtre dans un mur jouxtant la limite de propriété, car cela permettrait d’avoir une vue directe sur la parcelle voisine», précise Me François Bellanger. En définitive, il semblerait que les solutions alternatives à une vie d’endettement existent, mais elles se trouvent ailleurs qu’en Suisse.

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