Dix jours après l'accident survenu sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme-Vaucluse) où, dans la nuit du 7 au 8 juillet, le débordement d'une cuve d'effluents radioactifs a entraîné la dispersion de 74 kg d'uranium dans les rivières et la nappe phréatique (chiffre annoncé par l'exploitant de l'installation, la société Socatri, filiale d'Areva), des interrogations subsistent. En particulier sur l'origine de la contamination de certains captages de la nappe.

Dans les eaux de surface et la nappe phréatique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a certes fait état, vendredi 11 juillet, d'une «diminution régulière de la concentration en uranium», revenue à «une valeur proche de la normale, de l'ordre de quelques microgrammes par litre».

Pourtant, des taux anormaux d'uranium, dix fois supérieurs au «bruit de fond» enregistré habituellement, ont été relevés dans plusieurs captages utilisés par des particuliers. Ces «marquages» intriguent d'autant plus qu'ils fluctuent selon les jours.

L'accident de la Socatri ne semble pas pouvoir expliquer ces concentrations qui approchent ou dépassent la limite de 15 µg/l fixée par l'Organisation mondiale de la santé, pour les eaux destinées à la consommation.

Origine naturelle «exclue»

Corinne Castagnier, directrice de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), exclut une origine naturelle. La Criirad suspecte un entreposage de déchets, issus d'une ancienne usine militaire d'enrichissement de l'uranium ayant fonctionné sur le site du Tricastin, de 1964 à 1996.

Une étude du Haut-Commissariat à l'énergie atomique, réalisée en 1998, estimait entre 2,6 et 3,5 tonnes la quantité d'uranium contenue dans ces résidus, dont la teneur en U235 variait de 0,6 à 3,5%. Les eaux de pluie, ruisselant sur ce stockage à ciel ouvert, auraient lessivé une partie de l'uranium vers la nappe.

La Cogema (devenue Areva, qui a aujourd'hui la charge de ce dépôt) avait envisagé une couverture de la butte de stockage, jamais réalisée. Corinne Castagnier souligne que des familles de la zone du Tricastin y possèdent des puits et dénonce «le cynisme des responsables et la violation du b.a.-ba de la gestion des déchets nucléaires.»