– Sur un bateau pour aller où?

– Ce qui compte, c’est la traversée. Je vis entre plusieurs pays, je voyage beaucoup et j’apprécie ces moments entre-deux. Mon esprit va et vient, comme des vagues.

– Et sur un pédalo, avec qui?

– Des amis, de la famille.

– Fermez les yeux. Si je vous dis «De l’eau», que voyez-vous?

– De l’eau très lisse, fluide. Envie d’aller dedans. En profondeur, c’est sombre, énigmatique et chaotique. Magnifique.

– Votre spécialité à la piscine?

– Je déteste. La seule chose que j’aime, c’est flotter sur le dos. Impossible avec les autres nageurs.

– Vos premières larmes par amour?

– Oh… J’avais 5 ou 6 ans. Je vivais en Normandie et un garçon de la classe a déménagé. C’était horrible. J’ai compris plus tard que c’était un sentiment amoureux.

– Combien de bains par semaine?

– C’est comme manger du chocolat, il faut que j’en aie très envie.

– Votre plus belle odyssée?

– C’est un peu tout le temps. Faire du cinéma sans risques, ce n’est pas possible. J’aime aller là où je ne sais pas ce qui m’attend.

– Et votre pire costume de bain?

– Une combinaison de surf. Déjà, je m’étais pris la planche sur la tête. Et puis cette combi était vraiment trop petite, c’était ridicule. J’ai mis une heure à l’enlever.

– Votre record de ricochets?

– A la plage de galets d’Etretat, en Normandie. J’ai une attirance très forte pour les points d’eau. Ici, à Bruxelles, c’est ce qui manque. Alors on prend la voiture pour aller voir la mer du Nord.

– Une saison en eaux troubles…

– Quand je prépare un film. Des moments de laisser-aller, très intérieurs, alchimiques. Pas désagréable, mais flippant.

– Henniez bleue ou Henniez verte?

_ J’en change souvent. Je déteste le goût des grandes marques françaises. L’eau en carafe me va bien.

– Ce qui vous fait perdre pied?

– Le sentiment amoureux.

– Qu’entendez-vous quand vous avez la tête sous l’eau?

– Avoir la tête sous l’eau, c’est être plongée dans le travail. Le quotidien est assourdi.

– La seule musique qui soit plus belle que celle des vagues?

– Savez-vous que le bruit des vagues est un bruit «blanc», comme celui de l’autoroute? J’avais fait écouter la bande-son d’autoroute de mon film Home à une amie qui m’a dit: Ah, c’est le bruit des vagues. Ce n’est pas si harmonieux. Mais pour répondre à votre question: La Passion selon Saint-Marc, Bach.

– Sticks de poisson ou caviar?

– Le caviar! Le roi de la mer! C’est à tomber! Je le prends à la cuillère. De la folie. Notez, je n’en mange pas souvent.

– L’eau est l’or bleu de demain. Qu’en pensez-vous?

– C’est vrai. Quand je pense qu’on pompe les réserves fossiles pour le tourisme de masse, les golfs ou les piscines dans des endroits secs et riches…

– A quoi servent les jacuzzis?

– A me masser le dos.

– Aujourd’hui, qui sont les sirènes que nous n’entendons pas?

– Elles sonnent partout, elles parlent de pauvreté, de sida sur lequel je vais réaliser un court-métrage pour Arte. Et ce n’est pas parce que c’est médiatisé que c’est bien. Je suis dégoûtée par la manière dont on peut gagner de l’argent avec la crise ou l’écologie. Quand je pense à ces pollueurs qui se sont rachetés une conscience en finançant le film de Yann Arthus-Bertrand, ça me rend folle.

– Quelle boisson pour accompagner votre dernier repas?

– Je ne veux pas le savoir!

– Ô rage, ô désespoir…

– Après viennent calme et espoir. L’alternance, c’est le propre de l’être humain.

Réalisatrice de cinéma, notamment du film Home.