Alors que les partisans et adversaires du contre projet Avanti jouent le rail contre la route dans leurs joutes oratoires, les pendulaires futés allient les deux. Ou, du moins, ils essaient. Car l'offre des CFF de marier train et voiture en proposant des parkings avantageux à leurs clients titulaires d'un abonnement au mois ou à l'année est victime de son succès. Et suscite l'ire des usagers. D'une par les prix des Park & Rail ont augmenté (voir encadré), d'autre part les places sont comptées, en particulier sur l'axe Lausanne-Genève. Dans la région comprise entre Nyon et Genève la population a augmenté de 20% entre 1990 et 2000 et, avec elle, le trafic pendulaire. Si bien que l'heure est aux restrictions pour les personnes convoitant une place de parking. Comme l'offre ferroviaire va s'étoffer avec l'entrée en fonction de la troisième voie entre Coppet et Genève et la deuxième phase de Rail 2000, la situation va rester tendue. Certains «désespérés» affirment que, contraints et forcés, ils vont renoncer au train et venir grossir le flot des automobilistes engorgeant les axes principaux. Une problématique à connotation hautement émotionnelle.

En Suisse, une personne qui ne prend pas le train peut quasiment être qualifiée d'extra-terrestre: 250 000 personnes sont au bénéfice d'un abonnement général et près de deux millions d'usagers ont opté pour le demi-tarif. A cela s'ajoutent les nombreux arrangements de parcours, si divers qu'il est difficile de les recenser. Les CFF estiment qu'un Suisse sur deux a en poche un forfait touchant le train. Et il y a 5500 places Park & Rail en Suisse romande! Les frustrations sont donc programmées, même si les CFF affirment ne pas faire de surbooking.

«Nous avons eu un flot de plaintes depuis l'augmentation des prix au 1er novembre 2003, explique Elisabeth Lacraz au service clientèle de la Régie. Les gens nous accusent aussi de ne pas tenir nos promesses, puisque nous leur louons une place de parc qui n'est pas assurée. Pour améliorer les choses nous avons ouvert de nouveaux parkings. Et nous avons restreint l'utilisation des places situées à des endroits stratégiques, comme Morges ou Nyon, aux habitants des environs. Car certains usagers venaient de loin pour se parquer là.»

Le souci des CFF de limiter le tourisme du parking se traduit donc par une politique un peu schizophrénique: d'un côté la Régie allèche le client en lui faisant miroiter des facilités de parking, de l'autre elle augmente les tarifs des endroits les plus convoités. Le client idéal étant celui qui se rend à la gare la plus proche de son domicile, fût-elle mal desservie. Les CFF ont en effet avantage à ce que l'on utilise leurs infrastructures sur le plus long tronçon possible. Ce qui ne converge pas toujours avec les intérêts des autres transports publics.

Avec l'accroissement de la demande des automobilistes certaines communes, jusqu'ici peu regardantes, ont réagi en restreignant les temps de stationnement autour de leur gare. «Je n'aime pas le train, avoue sans ambages le syndic de Gland, Yves Reymond. Je suis transporteur routier. Nous avons mis une zone bleue près de la gare pour éviter que les usagers du rail ne squattent ces places. C'est aux CFF d'assumer leurs clients, pas à la collectivité!»

Les communes, et surtout les cantons, achètent pourtant les prestations des CFF, qu'elles peuvent par ailleurs mettre au concours. On pourrait donc s'attendre à une collaboration au niveau du parking. «Les communes ne sont pas toujours favorables à une extension des parkings car, comme les gares sont situées au centre ville, cela amène une augmentation du trafic. Et l'association Transport et environnement rejoint cette manière de voir», remarque Pascal Sandoz, responsable du trafic voyageur régional.

«Il faut admettre que les CFF ne pourront jamais offrir une place de parc à tous leurs usagers, même si nous nous appliquons à développer cette formule, admet Alain Lapaire chef de la division immobilier de la Régie en Suisse romande. L'utilisation du Park & Rail demande par ailleurs une certaine organisation. Et les enquêtes montrent que le public supporte beaucoup moins les contraintes des transports publics que celles liées à l'automobile. Toutefois, même avec les désagréments évoqués, le rail reste souvent la meilleure solution.»

Enfin, les CFF affirment ne pas chercher à faire des profits avec les parkings mais seulement à couvrir leurs dépenses, soit quelque 5000 francs par place.