«Selon les cas, le taux d'efficacité du vaccin fluctue entre 30% et 58%, parfois même 70%», se réjouit Jean Stéphenne, le président et directeur général de GSK Biologicals, une entreprise dont le siège est en Belgique. «Même avec un taux d'efficacité de 30%, cela signifie qu'on peut envisager, au minimum, de réduire la morbidité causée par cette maladie d'un tiers. C'est énorme quand on sait qu'elle est la cause, pour la seule Afrique, de plus d'un million de décès par an», poursuit-il.

Cela prend un relief tout particulier lorsqu'on sait qu'en 2010, soit lorsque le nouveau vaccin devrait être mis sur le marché, la moitié de la population mondiale, quelque 3,5 milliards d'individus, vivra dans la zone de distribution de la maladie.

Les résultats de l'étude clinique réalisée au Mozambique auprès de 200 enfants entre 1 année et 4 ans, avec le concours du gouvernement local, mais aussi grâce au soutien de l'Union européenne et d'autres organisations, sont publiés aujourd'hui par la revue médicale The Lancet.

Evolution bloquée

On y apprend aussi comment fonctionne le vaccin. Il dope bien entendu le système immunitaire de sorte que celui-ci soit mieux apte à réagir en cas d'infection. Dans le cas du nouveau vaccin, cette réaction est basée sur une protéine du circumsporozoïte, la forme de l'agent infectieux (Plasmodium Falciparum) transmis par le moustique anophèle lorsqu'il pique l'être humain. Les anticorps et les globules blancs induits par la vaccination sont capables d'empêcher le sporozoïte de survivre ou de poursuivre son développement dans le foie de son hôte et donc d'infecter les globules rouges de l'hôte. L'évolution du parasite est ainsi bloquée.

En théorie, cela semble simple à réaliser. Mais en pratique, la mise au point d'un cocktail vaccinal efficace a nécessité de très nombreux essais. Notamment sur des militaires américains. La principale difficulté a porté sur les dosages et la composition des indispensables adjuvants qui accompagnent la protéine du sporozoïte retenue. Elle seule en effet n'est pas rejetée par le système immunitaire. C'est la combinaison de cette protéine avec certains adjuvants qui rend le vaccin efficace.

Toutefois, ce n'est pas demain qu'on pourra vacciner à grande échelle les populations les plus susceptibles d'être infectées par le Plasmodium. Des recherches complémentaires s'avèrent indispensables avant une mise sur le marché.

Il faut maintenant passer à la phase 3 des essais cliniques. Ceux-ci vont reproduire les tests de la phase 2 mais sur un échantillon dix fois plus important de sujets ainsi que sur des enfants encore plus jeunes, âgés de moins de 1 an. Histoire de vérifier bien entendu l'efficacité du produit mais également son innocuité.