Chaque année, c'est à peu près le même scénario. Entre novembre et décembre, la grippe fait son apparition et envoie un échantillon non négligeable de la population au lit: ceux qui ne se sont pas fait vacciner. Puis, à l'approche du printemps, le virus repasse, après avoir subi une mutation. Mais là, les plus prévoyants se sont fait vacciner, tirant les leçons de la première épidémie. Cette année pourtant, difficile d'imaginer une stratégie: il n'y a plus de vaccins injectables. Or, d'après le docteur Werner Wunderli, responsable du Centre national d'influenza à l'Hôpital cantonal de Genève, une nouvelle souche du virus arrive en Suisse, qui pourrait provoquer une épidémie.

L'Organisation mondiale de la santé, qui définit chaque année au début du mois de mars la souche qui risque de frapper en automne, a bien prévu le virus actuel mais le vaccin est déjà épuisé. A l'Hôpital de Genève, le service de virologie a même cessé de vacciner le personnel soignant dès mi-décembre, tant le stock était bas. Il reste donc aux gens à risque, les personnes âgées et les malades par exemple, de s'immuniser avec un spray nasal. Ce dernier est tout aussi efficace, mais quatre fois plus cher que la forme injectable.

La souche qui a fait son entrée en Suisse il y a quelques jours s'appelle Isola influenza A Nouvelle Calédonie 10-99 (H1N1). Un nom compliqué pour indiquer qu'il s'agit d'une grippe de type A, isolée pour la première fois en Nouvelle-Calédonie. Selon le Dr Werner Wunderli, «il s'agit en fait d'un sous-type qui n'a pas circulé en Europe depuis huit ou neuf ans. La jeune population n'a donc jamais été exposée à ce virus, et est donc particulièrement sensible à son infection. Les gens plus âgés sont déjà entrés en contact avec lui, mais l'immunisation à la grippe ne dure qu'au plus deux saisons.» Comme le virus de la grippe est en perpétuelle mutation, il y a de fortes chances que, si l'organisme est affaibli, il puisse contracter à nouveau la même maladie.

Le vaccin semble donc être la panacée, mais cette année plusieurs facteurs concomitants en ont réduit les stocks à la portion congrue en très peu de temps. Comme l'explique le Dr Werner Wunderli, le processus de fabrication du vaccin est incompressible. «La production se fait sur des œufs de poule, que l'on contamine pour qu'il s'y développe. On en extrait ensuite le virus, en quantité restreinte, que l'on désactive, stabilise et purifie pour créer le vaccin. Il faut donc une quantité énorme d'œufs pour obtenir ce vaccin; il n'est pas possible de le multiplier artificiellement.» Cette année, l'une des trois souches isolées a mal poussé aux Etats-Unis, le plus grand producteur. La quantité disponible était donc inférieure à ce qui était prévu. En plus, les autorités américaines ont abaissé l'âge de vaccination de 60 à 50 ans, provoquant une ruée sur le vaccin. Le reste du monde a donc été servi ensuite. En Suisse, l'utilisation du vaccin anti-grippal a explosé avec un facteur de 1 à 3 en cinq ans. «La pénurie n'est pas le résultat d'une manipulation de la part de laboratoires concurrents comme Berna, le fabricant du spray nasal, mais bien d'un concours de circonstances. Et étant donné le temps que nécessite la fabrication du vaccin (trois à quatre mois) il ne servirait à rien de recommencer maintenant. Car dans quelques semaines, cette souche aura elle aussi évolué, et le vaccin actuel ne sera plus approprié» dit Werner Wunderli. Enfin, il faut 4 à 6 semaines pour que le système immunitaire soit parfaitement protégé par le vaccin.

La bonne nouvelle, c'est que tous les individus qui ont été vaccinés l'automne passé sont immunisés contre cette souche Nouvelle-Calédonie. Et que le spray nasal offre la même protection.