Société

Vache folle: le contrôle des fourrages reste insuffisant

En France, l'affaire de la viande douteuse vendue par Carrefour relance la polémique. Les farines animales, toujours présentes dans la nourriture des porcs et des volailles aussi bien français que suisses, restent suspectes. Récapitulation.

Il aura suffi de 500 à 1000 kilos de viande hachée issue d'une seule et même vache folle soient mis sur le marché pour qu'un nouveau débat sur la sécurité alimentaire s'ouvre en France (Le Temps de lundi). Deux maquignons malhonnêtes ont donc réussi à dissimuler un cas de vache atteinte de l'encéphalopathie spongiforme bovine (EBS). Au-delà de ce cas de fraude, cet incident relance la question de l'alimentation du bétail. Des failles existent bel et bien dans le dispositif anti-EBS, et pas qu'en France. Ainsi, la Suisse vient seulement de durcir ses règles sur la production de farines animales destinées à la volaille et au porc. Et l'Europe se demande comment légiférer.

Septante et un cas de vaches folles en France en l'an 2000, 26 en Suisse aux dernières nouvelles. Comment, alors que l'utilisation de farine animale dans l'alimentation des bovins est prohibée depuis plus longtemps que la période d'incubation (4 à 5 ans), la maladie de la vache folle peut-elle encore toucher autant de bêtes? s'interrogent les pays frappés par l'épidémie. L'opinion la plus répandue en Europe est que ces farines seraient encore présentes, volontairement ou accidentellement, dans l'affouragement des vaches. La semaine dernière, la presse française révélait que, en dépit des dénégations du Ministère de l'agriculture, ces farines étaient tolérées à hauteur de 0,3% dans cette alimentation. Du coup, Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, a demandé lundi l'interdiction totale de ces farines animales. Les Verts sont allés encore plus loin, en exigeant que ces substances disparaissent aussi de l'alimentation des poulets, des porcs et des saumons.

Car c'est précisément l'alimentation des omnivores qui jette aujourd'hui le trouble. La plupart des entreprises qui préparent les farines le font pour tous les types d'élevage. Se faisant, ces mélangeurs ne peuvent éviter que des restes de farines animales destinées aux omnivores soient retrouvées dans les farines produites pour les bovins. La Suisse, qui abrite des dizaines de petits mélangeurs, connaît le même risque que la France en la matière. Pour y remédier, elle a décidé, cet été seulement, que ces entreprises devront être équipées, d'ici le 1er novembre prochain, de chaînes de production bien distinctes. S'ils ne peuvent s'adapter à cette exigence, les industriels devront abandonner l'une ou l'autre des deux productions. Le même genre de soupçons frappe les équarrisseurs français, puisque certains gèrent à la fois l'abattage de vaches folles et celui de bêtes saines, dont les restes peuvent en partie être transformés en farine animale. Un dangereux voisinage, que la Suisse évite grâce à un unique et exclusif centre de destruction des animaux à risque.

Quelles sont les autres pistes susceptibles d'expliquer la persistance de l'épidémie? Les contaminations verticales, de la vache au veau, ou entre individus, ont été envisagées, mais aucune preuve n'a encore permis de valider de telles thèses. Par précaution, traumatisées par l'affaire du sang contaminé, les autorités françaises exigent toutefois l'abattage de tout troupeau où une vache folle est découverte. De nombreux éleveurs, soutenus par la Confédération paysanne, vilipendent cette pratique dont les résultats n'ont jamais été mesurés. Le syndicat des paysans préférerait que toutes les bêtes entrant à l'abattoir soient contrôlées. Il vient d'être rejoint sur ce credo par l'Association nationale des industries agroalimentaires françaises. Mais la France s'en tient, et depuis juillet seulement, à un programme de surveillance épidémiologique du type de celui mis en place en Suisse. La Commission européenne devrait dire, dans les semaines à venir, si les Quinze doivent en faire autant.

Quarante-huit mille bovins «à risques» doivent ainsi être testés en France. Vingt-cinq bêtes en phase d'incubation ont déjà été dépistées cette année, alors que 46 malades étaient repérées par les éleveurs. En Suisse, 16 000 vaches ont été testées cette année, pour un objectif de 19 000. Douze se sont avérées infectées, toutes issues d'un cheptel de vaches mortes ou abattues d'urgence pour cause de maladie. Les enquêtes menées par les vétérinaires cantonaux n'ont pas permis de déceler l'origine de l'infection. Quant aux tests effectués sur des bêtes d'apparence saine, ils n'ont révélé aucune contamination. Avec les vaches dont les signes cliniques étaient évidents, l'année 2000 compte pour l'instant 26 vaches folles suisses. Faut-il aller plus loin? «Nous estimons que la prévalence de l'ESB dans la population bovine suisse est si infime qu'il faudrait examiner des dizaines de milliers de vaches non suspectes pour en trouver une infectée», avance Heinz Müller, vétérinaire et porte-parole de l'Office vétérinaire fédéral.

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