Société

La vague des spas et du bien-être gagne les cinq-étoiles de la Riviera vaudoise

Wellness. Immense et luxueux, le spa du Montreux-Palace complète l'offre d'une région qui mise sur un tourisme de détente et de remise en forme

On serait tenté de convoquer Baudelaire et Matisse, pour parler de luxe, de calme et de volupté. Mais il faut savoir se garder de ces facilités, même si les quelque 2000 mètres carrés du spa que vient d'inaugurer le Montreux-Palace distillent ces trois qualités essentielles. Le concept de cet Amrita Wellness est clairement venu d'Asie – logiquement puisque le palace montreusien appartient au groupe Raffles, basé à Singapour. Comme dans les dix autres spas de la société, qui sont répartis sur quatre continents, tout concourt à créer un sentiment de détente, de «feel good». A Montreux, l'architecture intérieure du nouveau bâtiment, entre l'hôtel et le lac, est superbe: matériaux nobles, lignes courbes, décor sobre, éclairages incroyablement sophistiqués, jeux d'eau discrets… Dans les salles de soins, qui proposent d'innombrables types de massages et de soins esthétiques, dominent les parfums et la musique douce – on est bien loin de l'insupportable musak des salles de fitness!

Si le spa du Montreux-Palace est le plus vaste de la Riviera, il n'est pas le premier: les autres cinq-étoiles en sont déjà pourvus, tels le Mont-Pèlerin, le Lausanne-Palace et le Beau-Rivage, ou encore les Trois-Couronnes à Vevey, où les architectes ont eu à cœur de préserver les éléments anciens de ce splendide bâtiment qui vient de recevoir le titre «d'hôtel historique de l'année 2003»: plus petit, plus intime, le spa emprunte aussi à une esthétique japonaise épurée, soulignée par un grand soin du détail. La piscine, tout en longueur et bordée de colonnes, est une réussite visuelle.

Moins directement liée au business que, par exemple, Genève, l'hôtellerie de luxe de la Riviera exploite sa situation géographique particulière, qui permet une offre d'activités sportives et culturelles très large, mais dans un contexte calme et reposant. Elle vise donc une clientèle orientée vers la détente, le soin de son corps, la lutte contre le vieillissement – autant d'activités pratiquées de longue date sur la Riviera dans des établissements médicalisés, mais qui se sont formidablement popularisées. Il n'y a plus de honte à vouloir freiner le vieillissement; pour preuve, aux Trois-Couronnes de Vevey, la moitié de la clientèle pour les soins de la peau et du corps est masculine, souligne Stéphanie Loup, coordinatrice des ventes. «C'est une tendance du marché et il faut y répondre, c'est la clé du succès», abonde Harry John, directeur de Montreux-Vevey Tourisme, qui remarque que les spas sont particulièrement appréciés de la clientèle russe, nord-américaine et asiatique.

Mais qu'est-ce qui justifie ces lourds investissements? Pour Rahel Bigger-Morf, chargée des relations publiques du Montreux-Palace, il s'agit de répondre aux demandes de la clientèle. Celle des palaces est très mobile, et s'est habituée à trouver des spas de grand luxe partout dans le monde – d'Angkor à Beverly Hills, de l'île Maurice au Victoria-Jungfrau… Pour des cinq-étoiles qui accueillent une clientèle orientée autant sur la détente que sur le business, il est indispensable d'offrir des prestations qui soient à la hauteur. Pour preuve, le Grand Hôtel Bad-Ragaz inaugure dans un mois un «health, spa and golf resort». Le profil type du client? C'est un businessman qui voyage beaucoup et qui, entre rendez-vous et repas d'affaires, tient à prendre soin de lui-même. Mais ce sont aussi des couples qui s'offrent une petite folie, avec les multiples forfaits alliant fitness et gastronomie légère que proposent les hôtels.

«Les baby-boomers des années 60 ont beaucoup d'argent à dépenser et ils sont soucieux de leur santé, ils éprouvent le besoin de faire quelque chose pour eux-mêmes», dit Mike Shariff, à l'Ecole hôtelière de Lausanne. Les hôteliers ont saisi cette opportunité et, selon lui, «c'est une tendance qui a un bel avenir». Les spas des palaces de la Riviera ne sont pas exclusivement réservés aux hôtes de l'hôtel: la clientèle privée peut devenir membre, dans certaines limites parce que, à Vevey par exemple, on tient à préserver à tout prix l'atmosphère calme des lieux.

En Suisse, l'âge d'or des palaces a duré de 1840 à 1914. Ils conservent sur leurs murs les photos des innombrables têtes couronnées et célébrités qui y sont passées, si peu discrètement qu'on s'en souvient encore: en 1859, l'impératrice Alexandra Théodorowna, épouse de Nicolas Ier, séjourna tout l'hiver aux Trois-Couronnes avec sa cour, si nombreuse qu'il fallut réquisitionner les quatre étages de l'établissement.

Les hôtes d'aujourd'hui sont moins voyants que les maharadjahs et les ducs anglais, ils laissent moins de souvenirs que lord Byron ou Vladimir Nabokov – mais ils sont là. Au fil de leur histoire, les palaces n'ont cessé de se transformer pour s'adapter à la clientèle, rappelle Rahel Bigger-Morf: lorsque les salles de bal furent obsolètes, on aménagea des bibliothèques, des fumoirs, des salles de bridge… Aujourd'hui, on aménage des spas. Assez curieusement, à Genève, où l'on compte une quinzaine de cinq-étoiles, les spas sont rares, et les projets tout autant: «Nous manquons de place!» répondent les hôteliers. Un jour, peut-être, les clients les obligeront à en trouver…

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