«Je n'ai pas d'ordre à recevoir d'un état étranger!» s'indignait hier Jacques Neyrinck, conseiller national PDC. L'ancien professeur de l'EPFL réagissait à une injonction inusuelle du Vatican. Le Saint-Siège a interdit jeudi aux catholiques engagés dans la vie politique de soutenir par leurs votes «toute loi s'avérant un attentat à la vie humaine». Signé par le cardinal allemand Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, un document cite en exemple les législations en matière d'avortement et d'euthanasie, ou celles qui ne respectent pas l'embryon humain. Estimant utile une «clarification», le document donne une série de directives «face à l'émergence d'orientations ambiguës et de positions contestables», en particulier sur la défense de la vie.

Approuvée par le pape, la note de 18 pages du cardinal Ratzinger avertit qu'«on assiste à des tentatives de législation qui veulent briser l'intangibilité de la vie humaine et qui ne se soucient pas des conséquences qui en dérivent dans la formation de la culture des comportements sociaux pour l'existence et l'avenir des peuples». «Les catholiques ont le droit et le devoir d'intervenir dans ce déferlement, pour rappeler au sens le plus profond de la vie et à la responsabilité qui incombe à tous dans cette matière.»

«Obligation grave»

«Jean Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives «ont une obligation grave et précise de s'opposer» à toute loi qui s'avère un attentat à la vie humaine, rappelle le document. Pour eux, comme pour tout catholique, existe l'impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n'est permis à personne de les soutenir par son vote.»

«Le Vatican n'a pas à savoir ce que j'ai voté, ou à me dire comment je devrais voter sur tel ou tel objet législatif», réplique Jacques Neyrinck, politicien catholique, et bon connaisseur de l'Eglise. «Je suis capable de me faire tout seul une opinion politique, continue le parlementaire. Peu importe que je sois pour ou contre l'avortement, le clonage ou l'euthanasie, mon opinion ne les regarde pas. C'est une affaire entre ma conscience et moi-même. Joseph Ratzinger est en l'occurrence un ministre d'un Etat étranger: il n'a pas à me dicter mon comportement en Suisse.»

Est-il surpris par cette directive politique, une pratique vaticane a priori peu courante? «Ce n'est pas vraiment une première. L'Eglise a toujours fait des quantités d'injonctions aux rois, aux princes, aux pouvoirs et à leurs acteurs. Elle a recommandé des prises de positions politiques un peu partout, y compris en Suisse, par exemple pendant la guerre du Sonderbund. Je me souviens, car je vivais alors en Belgique, que le Vatican avait un jour prié les citoyens belges de voter pour l'équivalent du PDC. Reste que la pratique n'avait plus cours depuis des années, au moins depuis Vatican II, il y a une quarantaine d'années. La note doctrinale du cardinal Ratzinger est à ce titre le signe d'une véritable régression.»