Ils sont inusables, increvables, inoxydables. Et surtout, nous ne pouvons nous en séparer. Une petite chronique sur ces objets qui nous définissent.

Mon vélo n’est pas vieux, mais il a du vécu. Je me souviens de la première fois que l’on s’est vus. Aligné en rang dans le magasin, il ne détonnait de ses pairs que par sa blancheur. En le regardant, j’avais pourtant décelé sa fougue. Il voulait rouler jusqu’à l’ivresse, se moquer des pentes et partir découvrir le monde tapi derrière l’horizon. Alors, j’ai su qu’on allait bien s’entendre.

Comme moi, il était encore jeune. Il ne le savait pas encore, mais le macadam allait lui forger une personnalité. J’ai d’abord voulu le protéger. Je lui évitais les gouilles, la boue, les bris de verre, mais un jour un homme s’est permis de le déplacer. Dans la manœuvre, l’intrus a griffé son cadre. Ça a été sa première blessure. Depuis, je n’ai plus autorisé quiconque à s’emparer de mon vélo.