Urbanisme

Les vélos en ville se hâtent lentement

«Masterplan velo», «velo offensive», «voies express pour vélo»: les cités alémaniques affichent de grandes ambitions pour la petite reine. Pourtant, rouler en milieu urbain s’apparente encore à un parcours du combattant

Deux cents ans après son invention, le vélo pourrait bientôt faire son entrée dans la Constitution suisse. Le parlement a accepté en mars une contre-proposition à l’initiative Pro Velo, visant à encourager les voies cyclables, au même titre que les sentiers pédestres. Moins de pollution atmosphérique, plus de place sur les routes et des atouts pour la santé: à droite comme à gauche, on s’accorde sur les bienfaits de la mobilité douce. Terminée, la guerre de la voiture contre le vélo? Pas totalement: lorsqu’il s’agit de savoir comment aménager de la place pour la petite reine sur un territoire dense et déjà bien occupé, les conflits demeurent. Le deux-roues est au cœur de vives batailles autour de la politique de mobilité.

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«Masterplan velo», «velo offensive», «voies express pour vélo»: les cités alémaniques affichent de grandes ambitions. La ville de Berne se rêve en «capitale du vélo». Elle s’est donné pour objectif d’augmenter la part de l’ensemble du trafic occupée par le vélo à 20% d’ici à 2030 à coups de programmes éducatifs, pistes de 2,5 mètres de large pour relier le centre-ville à l’agglomération, ou encore de zones à trafic lent. Zurich, de son côté, entend investir 120 millions dans la construction de nouvelles infrastructures. A Bâle, Winterthour, Lucerne, les municipalités tiennent à passer pour amies du vélo.

10% d’usagers réguliers

Vu de la route pourtant, la réalité est moins rose. Pistes cyclables interrompues, slaloms entre tram et piétons: pédaler en ville s’apparente souvent à un parcours du combattant. La section cantonale de Pro Velo dressait en janvier un catalogue de reproches au gouvernement zurichois: sur 26 mesures annoncées à la fin de 2013 pour améliorer la sécurité des cyclistes, seules quatre ont été réalisées.

Avec 8% de part du trafic occupés par le vélo, Zurich est encore loin de ses objectifs pour 2030 (20%). A l’échelle internationale, c’est toute la Suisse qui fait pâle figure: bien qu’une écrasante majorité de la population possède une bécane (65%), ils sont moins de 10% à l’enfourcher régulièrement – contre 36% des Néerlandais par exemple.

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En cause: le manque de sécurité et de confort sur la route. Lorsque, en sus, les transports publics sont performants, le citadin est tenté de laisser le vélo à la cave. Les statistiques des accidents publiées à la mi-mars enfoncent le clou. A l’échelle nationale, 4213 accidents à vélo ont été comptabilisés en Suisse en 2017, soit davantage que l’année précédente. A Zurich, près de 468 cyclistes ont été blessés dans un accident du trafic l’an dernier, dont 110 grièvement, soit 46% du total des blessés graves de la route. Les raisons? L’augmentation du nombre de cyclistes sur les routes (en lien avec la hausse démographique), la densité du trafic, les infrastructures lacunaires, mais aussi le manque de compétences des cyclistes eux-mêmes.

Voies rapides pour vélo

La stratégie des villes alémaniques pour créer un environnement plus favorable au vélo passera peut-être par des voies rapides, à l’image de Copenhague ou d’Amsterdam. C’est du moins ce que demande le parlement communal zurichois, qui a réclamé au début de l’année par motion la création de quatre larges pistes, sur lesquelles les cyclistes devront avoir la priorité et le moins d’obstacles possible.

Gauche et Vert’libéraux y voient une solution pour sécuriser le trafic cycliste. La droite les considère au contraire comme des autoroutes à chauffards sur deux-roues et critique la démesure des défenseurs du vélo. La municipalité a deux ans pour répondre. Mais plusieurs «voies express» sont d’ores et déjà testées dans cinq villes suisses – Zurich, Saint-Gall, Lucerne, Berne, Bâle – dans le cadre d’un projet pilote de l’Office fédéral des routes. Un rapport d’évaluation est attendu d’ici à l’été.

Vélo en libre-service

C’est peut-être par la force du nombre que les cyclistes s’approprieront l’espace urbain. L’engouement pour l’e-bike et l’arrivée d’une armada de vélos en libre-service ont renforcé en peu de temps la présence des deux-roues en ville. OBike, LimeBike, Smide: de plus en plus d’entreprises étrangères de vélos en libre-service se disputent l’espace public.

Zurich fait office de laboratoire, et à Berne, Bâle, Genève ou Lucerne, de tels services ne peuvent s’installer sans autorisation. Au milieu de ce champ de bataille, la ville lance ce printemps son propre système, Züri-Velo. Exploité par PubliBike AG, une filiale de CarPostal, il vise à terme 2250 vélos répartis sur 150 stations, dont la moitié seront électriques. Berne a fait monter les enchères, en annonçant de son côté l’arrivée de 2400 vélos en libre-service.

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