Saveurs du français

Venette, péter de trouille

Nos aimables lecteurs ne doivent pas imaginer que soudain, nous virerions graveleux. Mais le vocabulaire de la peur, notre thème de la semaine, a son fond pétomane. Comme s’il y avait cheminement, voire transfert, un peu intestinal, de la perception du risque (par la vue, par exemple), puis la sensation qui en découle, ensuite l’émotion – la peur, proprement dite – et au bout du trajet, quelque remue-ménage des viscères.

Cette hypothèse est suggérée par un mot pourtant délicat, la venette. Enlevée et aérienne, comme avec une conclusion sonore en «-ette», cette venette exprime néanmoins la lourde crainte, la peur, presque la panique. On a la venette comme on a les jetons – cette dernière expression est liée au «jeton» signifiant le coup de poing: encore un sentiment par anticipation de l’acte qui peut arriver. «Avoir les jetons» a perduré. Notre venette est oubliée.

D’après le Larousse, le seul à documenter le mot, «venette» possède quelque filiation avec l’ancien français «vesne», soit la «vesse». Pour décrire cette dernière, on ne peut que citer ledit dictionnaire in extenso: «Emission de gaz faite sans bruit par l’anus.» On lâche une vesse. Et par une troublante dérivation, le fétide souffle du fondement devient exhalaison de la peur.

On retrouve notre scénario du parcours organique de la frousse. En ville de Neuchâtel ces jours, au Festival du film fantastique , les amateurs opèrent la fusion des propos: ils ont peur pour les héroïnes sur grand écran, avant que ces dernières ne se fassent éventrer – presque «sans bruit», comme disait Larousse. A Neuchâtel, c’est connu, on empoigne tout, même les tripes.