Ne demandez pas son âge à Vera Dillier. Elle vous répondra que cette question n'est pas galante, qu'elle ne veut pas être cataloguée, que, de toute façon, cela fait des années qu'elle prétend avoir 20 ans. Et elle s'y tient alors même que les premières pattes-d'oie – «les rides du rire» – sont déjà apparues aux coins de ses yeux. N'était sa coquetterie presque désuète, cette Zurichoise, grande coureuse de réceptions et de fêtes mondaines devant l'Eternel, est très naturelle. Elle aborde les gens sans cérémonie et ne se prend pas vraiment au sérieux. La vie est un jeu pour elle. «J'aurais voulu être une actrice pour pouvoir changer de rôle chaque fois que j'en ai envie», regrette-t-elle.

Vera Dillier fait partie des stars de la Suisse alémanique, ces personnes qui s'affichent régulièrement dans la presse people et dont on imagine qu'elles ne vivent que par et pour la célébrité. Pourtant, n'étant ni artiste, ni chanteuse, ni présentatrice à la télévision, ni sportive d'élite, ni Miss Suisse, qu'a-t-elle donc fait de particulier pour mériter ce statut? Rien, si ce n'est d'avoir toujours été là au bon moment, au bon endroit et en compagnie des bonnes personnes, à savoir les membres de la jet-set zurichoise et même mondiale. Et d'avoir commis un livre, N'épouse jamais un Suisse, qui a provoqué une vive crise d'identité masculine dans les salons dorés lors de sa parution en 1996. Elle y raconte dans le détail sa vie et son divorce avec son ancien mari dont elle a gardé le nom, ainsi que les injustices dont elle estime avoir été victime durant la procédure. «Ce livre n'était pas une vengeance, mais une thérapie, lâche-t-elle. En écrivant la dernière ligne, j'ai pu refermer ce chapitre de ma vie et passer à autre chose.»

La presse, qui savoure pourtant ses frasques, n'est pas toujours tendre avec elle. Vera Dillier est présentée comme une Servelat-Prominenz, terme qui, dans le jargon journalistique, qualifie les célébrités régionales dont on se moque un peu. Ces attaques ne la touchent pas. Elle les prend avec humour: «Peu m'importe qu'on parle en bien ou en mal de moi, tant qu'on parle de moi», dit-elle en citant Sacha Guitry. Mais comme il faut malgré tout faire bonne figure, Vera Dillier soigne son image: un petit peu de chirurgie pour rétablir un nez qu'elle ne jugeait pas assez droit, des poses sexy devant les photographes et les caméras, une garde-robe de luxe et une forme physique irréprochable. En 1988, elle pose même torse nu pour le magazine Playboy. La vieillesse ne lui fait pas peur: «L'important est de se sentir jeune dans la tête. Et si des rides disgracieuses font un jour leur apparition, il y a toujours la chirurgie esthétique au laser pour faire des miracles.»

«Cette médiatisation me permet de faire passer des messages», enchaîne-t-elle. Lesquels? Entre les très nombreuses lignes qui retracent sa vie mondaine, on trouve, de temps en temps, des appels à une plus grande justice pour les femmes dans la société.

A part cela, elle court d'une fête à l'autre depuis quinze ans. Elle en organise aussi elle-même dans son penthouse de 200 mètres carrés à Saint-Moritz – le seul bien qu'elle ait obtenu de son divorce – et fréquente le linge le plus ripoliné de la planète. «Le prince Albert de Monaco est un très bon ami. Je l'ai rencontré lors d'un bal costumé à Saint-Moritz sans savoir que c'était lui. Nous gardons de très bons contacts.» Dans son carnet d'adresses, elle ne compte plus les célébrités couronnées ou du show-business. Elle connaît Mickey Rourke et le roi de Suède, elle a croisé Salvadore Dalí, Jacques Dutronc, sans parler de tout le gratin zurichois. Des rencontres, selon elle, qui doivent tout au hasard. Mais comment faire pour être acceptée par ce monde, malgré tout très sélect? «Je ne suis pas banale. Je suis drôle, je parle plusieurs langues et je suis cultivée. Que faut-il de plus?» De l'argent, probablement.

L'argent, justement, elle n'en a jamais manqué. Aujourd'hui, en plus du penthouse de Saint-Moritz, elle possède un appartement immense dans le plus beau quartier de Buenos Aires, des chevaux – elle joue au polo –, un immeuble à Saint-Gall et bientôt un merveilleux appartement au bord de la Limmat, avec vue sur le Grossmünster et le Rathaus. Cela grâce à un héritage qu'elle a placé en Bourse de manière particulièrement judicieuse et à son nouveau fiancé, propriétaire d'une douzaine de librairies, divorcé lui aussi et… de nationalité suisse. N'a-t-elle donc rien retenu de son propre livre? «Seuls les vieux ânes ne changent jamais d'avis», estime-t-elle.

Son temps libre, qui est conséquent, elle le passe à écrire son prochain livre qui traitera de la riche société zurichoise. Elle s'occupe aussi de sa fille adoptive et de son petit chien. Sa fille voulait un rat, elle un doberman. Cela a débouché sur un chihuahua à poils longs, délicieuse solution intermédiaire appelée Macho, car c'est un mâle.

Ce qui lui prend le plus de temps, cependant, c'est la décoration d'intérieur et la direction des travaux de rénovation de la maison à Saint-Gall – qui sera louée – et de son futur appartement au bord de la Limmat où elle s'installera avec son fiancé. Vu son emplacement, elle est certaine de recevoir sans arrêt la visite de ses amis. Elle a donc d'ores et déjà décidé de réserver les mercredis pour les fêtes et les réceptions, ce qui lui laisse le reste de la semaine pour elle. Avis aux amateurs.