Les jurés de la Cour d'assises du Maine-et-Loire délibèrent depuis plus d'une semaine, et pourtant, hier soir, leurs conclusions n'étaient pas encore connues. La nature de l'affaire, jugée depuis mars dernier à Angers, explique ces délais: il s'agit du plus grand procès de pédophilie jamais organisé en France. Un dossier si «sordide», selon les termes des avocats, que magistrats et jurés ont bénéficié d'un soutien psychologique.

Ceux-ci doivent répondre à 1968 questions concernant la culpabilité de 65 accusés. Des peines allant de 6 mois avec sursis à 30 ans de réclusion ont été requises contre ces 39 hommes et 26 femmes, âgés de 23 à 73 ans, qui comparaissent essentiellement pour faits de prostitution, viols et agressions sexuelles, commis sur 45 enfants. Les victimes étaient âgées de quelques mois à douze ans au moment des faits, entre janvier 1999 et février 2002.

Trente ans de réclusion ont été requis contre trois récidivistes, personnages clés du procès: Eric J. et son frère Jean-Marc, Philippe V., père de Franck V., lui aussi accusé. Le Ministère public a requis 20 et 18 ans de réclusion contre Franck V. et son ex-femme Patricia, couple au centre des accusations pour avoir organisé, dans leur appartement, des orgies impliquant des mineurs. Vingt ans ont été également requis contre Moïse C. et Didier R., déjà condamnés par le passé. Les avocats de la défense ont dénoncé le manque de preuves, les accusations se basant sur les aveux de prévenus qui se sont souvent rétractés durant les débats.

Au fil du procès, l'horreur a émergé, ainsi que la grande misère qui en constituait le décor. La plupart des accusés, limités intellectuellement – certains sont qualifiés de «débiles légers» – vivaient de RMI et d'emplois précaires. Presque tous ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance. Patricia et Franck V. ont reconnu avoir organisé à leur domicile la prostitution d'enfants, dont les leurs. Ils ont d'abord agi à la demande de quatre pédophiles, puis d'autres voisins et amis ont aussi livré leurs enfants et profité du réseau. La plupart des accusés semblent considérer leurs enfants comme de simples sources de profit, les vendant contre des colis alimentaires ou des cartouches de cigarettes. Une des caractéristiques du procès d'Angers est la participation active des mères aux sévices sexuels, alors qu'elles sont souvent dans ce genre d'affaires uniquement accusées de complicité. Au cours des débats, les prévenus ont souvent eu du mal à s'exprimer, certains niant jusqu'au bout, d'autres affirmant ne se souvenir de rien. Souvent, ces hommes et ces femmes peinaient à comprendre les questions qui leur étaient posées et y répondaient dans un français approximatif.

Le procès d'Angers a permis d'entendre la parole des victimes. Les enfants ne sont pas venus à la barre, mais le visionnage de leurs interrogatoires a permis de mesurer leur souffrance. Les deux filles de Patricia et Franck V., âgées de trois et quatre ans en 1999, ont été abusées par au moins 25 adultes.