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Nastassia vit avec ses quatre, bientôt cinq, colocataires dans une maison de 300 m2.
© Nicolas Schopfer pour Le Temps

Les habits neufs de l’habitat

A Vernier, dans une villa de luxe inespérée

Cinq jeunes artistes louent près de Genève une grande maison avec un jardin. Pour trouver ce genre de logement, il faut de la chance et beaucoup de persévérance

Fini le schéma «un appart pour chaque famille nucléaire». Du 23 au 27 juillet, «Le Temps» explore les nouvelles manières de vivre sous un même toit.

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A Vernier, à l’ouest de Genève, derrière les barres d’immeubles se cache un quartier de tranquilles villas. Cinq jeunes adultes vivent ici, dans une maison face aux jardins communautaires. Agés de 25 à 38 ans, ils ont tous un travail, parfois alimentaire, et ont la particularité d’exercer en parallèle une activité artistique ou créative.

D’emblée, Nastassia, la «cheffe» de la maison – le bail est à son nom –, énonce une évidence: «Pour nous, il serait impossible de vivre dans cette maison si on ne s’y mettait pas à plusieurs.» Habiter à quelques minutes à vélo du centre de Genève et à quelques encablures du Rhône est une chance inespérée. Gérante de restaurant, tatoueuse et artiste plasticienne, elle occupe avec son compagnon, Adrien, une grande pièce à l’étage.

Nastassia a rencontré les propriétaires par hasard, alors qu’ils partaient vivre à l’étranger. Inspirée par des logements communautaires et créatifs vus à Londres ou Berlin, elle accumulait les démarches infructueuses depuis plus d’une année dans l’espoir de dénicher un lieu pour son groupe d’amis. «Une fois que nous avons pu démontrer aux propriétaires que nous étions employés et disposions de revenus suffisants, les choses se sont débloquées.»

Une famille choisie

Les 3900 francs du loyer sont répartis en fonction de l’espace occupé. Comme leur grande chambre dispose d’un vaste balcon, Nastassia et Adrien paient une part plus importante. D’autant plus que ce dernier, qui a ouvert son propre bar, est aussi musicien et dispose d’un studio au sous-sol. Mais le prix reste intéressant: «J’ai vécu dans des studios où je payais seule un loyer plus élevé qu’ici.» Les autres habitants sont un autre couple, Edouard et Fluri, actifs dans la restauration et le monde de la nuit. La cinquième, Nina, DJ, occupe une petite pièce. Au premier, une chambre vide attend l’arrivée en août d’un nouvel habitant, David.

En Suisse, la tendance est à l’augmentation du nombre de logements individuels selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) – ils devraient composer plus de 37% des ménages d’ici à 2045; on observe à l’inverse une recrudescence d’intérêt pour l’habitat collectif, qui n'attire plus seulement les étudiants, mais aussi de plus en plus d'individus professionnellement actifs. La part de colocations dans le total des ménages est ainsi passé de 2,9% en 2013 à 3,3% en 2016, une augmentation significative, précise l'OFS.

Dans le jardin, où les pruneaux commencent à mûrir, une petite piscine gonflable et une cabane dans un arbre confèrent à l’ensemble une atmosphère familiale. L’impression se confirme: «Face à une société très individualiste, notre génération a besoin de retrouver un esprit de communauté», estime Nastassia. Et la colocation devient une famille, à la différence près que l’on se l’est choisie. «Après le travail, on a envie de revenir à la maison avec des cadeaux.»

En cette soirée d’été, la maison est presque vide. Bien qu’elle occasionne parfois quelques claquements de portes, la cohabitation n’est pas pesante, car chacun a des horaires très différents. De plus, vivre ici donne aux uns et aux autres la possibilité de consacrer davantage de temps à leurs activités artistiques. L’espace disponible – la villa fait environ 300 m2 – permet aussi d’éviter de devoir payer le loyer d’un atelier.

La villa attire du passage et occasionne des rencontres, mais cette période privilégiée va prendre fin. «Les propriétaires nous ont annoncé qu’ils allaient probablement revenir dans un an.» La crainte de ne pas retrouver un lieu comparable en Suisse pourrait pousser certains à se tourner vers des cieux plus cléments. Et d’évoquer un projet de rénovation en Grèce.

Un exemple lausannois

Pourtant, la détermination peut finir par payer. A Lausanne, un groupe de sept trentenaires est parvenu, à force d’acharnement, à convaincre les autorités de leur confier une maison promise à la démolition à moyen terme. «Il y a environ cinq ans, nous nous sommes rendu compte que nous avions du savoir-faire à offrir», explique Stéphane, habitant de la demeure située dans un parc, sur les hauts de Lausanne.

Le groupe d’amis motivés a réalisé et envoyé un dossier aux 32 communes de la région. Il occupe pour un temps une villa, puis conclut un accord pour habiter une ferme avant sa transformation, avec comme contrepartie l’engagement de rendre un bâtiment entièrement vidé de son contenu. Ils trouvent finalement un contrat de prêt à usage avec la ville de Lausanne il y a quelques mois.

En plus de l’entretien de la maison, ses occupants se sont engagés à «ouvrir une fois par semaine un atelier où chacun peut venir réparer son vélo. On a aussi développé des activités autour de l’apiculture et l’animation d’un jardin potager», ajoute Stéphane. Mais le combat a été long. «J'ai à cœur de prouver qu’on peut prôner un mode de vie alternatif, tout en vivant dans la légalité et en apportant de la valeur à la vie d’un quartier.»

Si certaines collectivités publiques semblent pouvoir être convaincues, la tâche est autrement plus difficile pour des particuliers. A Vernier, Nastassia est lucide: «Pour des gens comme nous, à l’apparence et aux personnalités hautes en couleur, il va être quasiment impossible de persuader des particuliers que nous sommes des personnes sérieuses, capables de nous occuper d’une maison. Dès qu’on dit «artiste», on fait fuir les propriétaires.»

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