«Si une personne n’a pas appris la langue du pays, ce n’est pas à 85 ans qu’on va le lui demander», remarque le cadre infirmier Michel Saulet. La question: faut-il des sections, voire des établissements spéciaux pour les vieux Italiens, les vieux musulmans ou les vieux Kurdes? La Grande-Bretagne, en cohérence avec sa tradition, a déjà répondu oui. En Suisse alémanique, il existe deux établissements dotés d’une section italophone et, sur la Riviera lémanique, les aînés de religion juive ont le choix entre deux homes spécifiques. Mais cette solution est destinée à rester «très minoritaire» dans notre pays, prévoit François Höpflinger, de l’Institut universitaire Vieillesse et Générations. Sur le terrain, les acteurs craignent unanimement la ghettoïsation des aînés.

Le personnel doit être formé

De fait, intégrer les vieux migrants, «c’est possible et ça ne pose pas de problème majeur», affirme Ali Agraniou, responsable de la plate-forme genevoise «Seniors d’ici et d’ailleurs». Il y a des conditions à remplir, mais elles sont tout à fait réalisables: il faut que le personnel soit formé à la communication interculturelle, que l’établissement dispose d’un bon réseau d’interprètes et de conseillers, qu’il puisse faire appel rapidement à un imam ou à un prêtre bouddhiste grâce à un partenariat efficace avec les communautés, qu’il fasse une large place aux familles des résidents. «Ce que je constate, à Genève en tout cas, c’est que ça marche: il y a, dans les EMS, un grand respect des différences, notamment religieuses, qui va de pair avec une riche diversité culturelle du personnel», ajoute Ali Agraniou. Il est vrai qu’il n’a affaire qu’à des établissements désireux de s’adapter.

Les EMS sont donc prêts à recevoir la génération suivante d’immigrés, à forte coloration musulmane? C’est le cas de certains, mais en s’adaptant. Veiller à ne pas envoyer un aide-soignant masculin faire la toilette d’une résidente particulièrement pudique, ouvrir la porte aux intervenants religieux, faire des journées marocaines ou bosniaques à la cafétéria, tout cela est très possible et se fait déjà, répond Jérôme Azan, président de l’Association romande des directeurs d’EMS. Mais offrir un second menu hallal tous les jours, «là, on atteint nos limites».

Autre limite en perspective: les problèmes de cohabitation dans la même chambre, déjà présents en temps normal, mais qui risquent de s’exacerber selon les combinaisons communautaires. «C’est un des paramètres qui devraient inciter les autorités à garantir un espace privatif, comme c’est déjà le cas en Suède», note Jérôme Azan. La fin des chambres à plusieurs lits et des horaires de caserne, c’est, annonce le directeur, l’avenir: «La tendance est en effet à une individualisation de l’offre. Et la diversification du public ne fait que l’encourager.» Alors, merci qui?