Environnement visuel

Que nous veulent les images?

Les images envahissent l’espace public et se comportent comme si elles avaient une volonté… Trois questions à Jean-François Staszak, géographe

«Que veulent les images?» C’est la question que se posait, dans le livre célèbre qui porte ce titre, l’historien états-unien WJT Mitchell, fondateur des «études visuelles». Le chercheur sera à Genève ce mercredi pour une conférence intitulée «Psychose américaine, Trump et le cauchemar de l’histoire» et pour participer au colloque international «Que font les images dans l’espace public?» Jean-François Staszak, géographe à l’Université de Genève, est l’un des maîtres d’œuvre de la manifestation.

– Le Temps: Qu’est-ce que l'«agentivité» des images, placée au cœur de votre colloque?

– Jean-François Staszak: C’est l’idée que les images font quelque chose, qu’elles ont une puissance, une capacité d’agir, comme si elles avaient une volonté qu’elles nous imposaient. Elles nous font rire ou pleurer, nous excitent, nous font peur. Parfois elles nous hypnotisent, elles gèlent notre pensée, elles ont la capacité de nous obliger à les regarder et nous enjoignent de faire certaines choses. Il s’agit donc d’observer les effets que les images ont sur nous.

– Dans l’espace public, il y a des images de prestige et des images ordinaires…

– Pendant longtemps, un peu à cause de l’histoire de l’art, on s’est surtout intéressé à des images exceptionnelles, du genre de celles qu’on conserve dans les musées. Du coup, on a oublié de regarder les images du quotidien, la publicité, les graffitis… Un des revirements opéré par le champ des études visuelles consiste à sortir l’étude des images des musées et à travailler sur les images de la culture populaire. L’actualité de Genève a montré à quel point il y a là un enjeu. Vous avez sans doute suivi l’affaire de ces 3000 panneaux laissés blancs parce qu’on était entre deux régies publicitaires. Les gens se sont rués là-dessus pour écrire ou montrer autre chose, et maintenant il y a une pétition en cours pour que ces panneaux soient laissés blancs une partie de l’année. Selon la formule d’un des pétitionnaires, il faut plus de silence visuel dans l’espace public.

– Pourquoi les géographes sont-ils aux avant-postes de ces études?

– Les sciences sociales ont pris depuis une quinzaine d’années ce qu’on appelle un «tournant visuel». La discipline qui a pris ce tournant le plus vigoureusement, c’est peut-être la géographie. C’est lié à une tradition, celle des cartes et du paysage, qui rend les géographes spécialement attentifs aux images… Notre département de géographie et environnement vient de créer un certificat en études visuelles. On trouvait en effet que nos étudiants savaient critiquer des textes, mais qu’ils n’étaient pas assez équipés pour analyser les images, alors que le monde en est de plus en plus rempli.


Colloque «Que font les images dans l’espace public?», du mercredi 18 au vendredi 20 janvier 2017 à Uni Bastions (salle B111), Genève
Conférence de WJT Mitchell, «Psychose américaine: Trump et le cauchemar de l’histoire», mercredi 18 janvier à 19h à UniDufour (salle U600), Genève

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