A l'abri des regards et des caméras, les familles et les proches des victimes du crash du vol Swissair SR 111 ont enterré mercredi matin les restes de leurs proches à Bayswater, un petit village de pêcheurs à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Halifax. La cérémonie s'est déroulée dans l'intimité, à la demande des familles. Seule une équipe de la télévision canadienne avait été autorisée à filmer l'arrivée et le départ des familles. Au total, ce sont 27 cercueils qui ont été placés dans deux fosses, face à la mer, à une douzaine de kilomètres du point d'impact. Vingt-quatre cercueils avaient déjà été enterrés la veille.

Ils contenaient pour la majeure partie d'entre eux les restes non identifiés des victimes. Les familles se sont en effet vu remettre les restes identifiés et ont déjà pour la plupart organisé leurs propres cérémonies funéraires. Seules neuf familles ont renoncé à rapatrier les corps de leurs proches, préférant les laisser reposer là où ils ont perdu la vie, sur ces côtes accidentées de la Nouvelle-Ecosse.

Si le déplacement et l'hébergement des familles à Halifax ont été organisés et pris en charge par Swissair (la compagnie refuse de chiffrer les coûts de cette opération), l'organisation des commémorations sur place est entièrement chapeautée par les autorités de la Nouvelle-Ecosse. Les préparatifs n'ont du reste pas toujours été exempts de tensions. Surtout lorsqu'il s'est agi d'accommoder les requêtes, à la fois légitimes et parfois contradictoires, des familles en deuil exigeant le respect de leur intimité et du gouvernement local désireux de remercier et de mettre en lumière les efforts d'une région fortement affectée par un drame qui a mobilisé des centaines de personnes pendant les heures et les mois qui ont suivi. Le comité d'organisation avait ainsi prévu un libre accès à l'enterrement des premiers cercueils le mardi, accordant même la possibilité à des dignitaires locaux de poser les premières gerbes au pied des stèles pour le besoin des caméras. Tollé chez les familles, qui supportaient mal l'idée de se retrouver face aux images d'une cérémonie préarrangée la veille de l'officielle. Il aura finalement fallu l'intervention personnelle du premier ministre de la province, John Hamm, sollicité par Swissair et l'Association des familles des victimes du Vol 111, pour que le comité revienne sur sa décision.