Comment la vie se manifeste-t-elle en Suisse? Combien d'espèces animales et végétales y trouve-t-on? Et comment évolue chacune d'entre elles sur le moyen et long terme? Pour répondre à ces questions particulièrement complexes, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) n'avait guère jusqu'ici à sa disposition que les listes rouges des espèces menacées, soit une source d'informations indispensable mais très partielle et à long terme insuffisante, pour juger de l'impact des politiques environnementales. Il dispose désormais d'un nouvel outil beaucoup plus performant, que seul le Royaume-Uni a également développé en Europe: le Monitoring de la biodiversité (MBD), qui vise à réaliser un recensement complet des espèces. Or, après cinq ans d'observations, ce programme a publié jeudi ses résultats pour la première fois.

Devant l'extrême difficulté de l'exercice, l'Office fédéral de l'environnement s'est donné 33 indicateurs, qui, explique-t-il, sont à la biodiversité ce que l'indice Dow Jones est à la Bourse de New York. Parmi eux figurent onze «indicateurs d'état», qui fournissent des informations directes sur le sujet (nombre d'espèces sur l'ensemble du territoire national, nombre d'espèces dans des surfaces standards d'un kilomètre carré, effectif des animaux menacés, etc.); quinze «indicateurs de pression», qui évaluent l'influence de facteurs extérieurs (superficie de certains biotopes rares, type d'exploitation des sols, qualité des eaux, etc.); et sept «indicateurs de réponse», qui sondent les mesures de protection en vigueur (étendue des réserves naturelles, importance de l'agriculture biologique, ressources financières à disposition, etc.)

Le tableau issu de ces longues recherches se révèle contrasté. Il établit que la Suisse abrite quelque 50000 espèces vivantes - un chiffre supérieur à celui attendu par les experts - et que le nombre de vertébrés est resté très stable entre 1997 et 2005, les très rares cas de disparition étant compensés par des retours ou des arrivées, provoqués ou naturels. Mais cette richesse est fragile. Le rapport constate parallèlement que beaucoup de ces espèces sont aujourd'hui menacées, parce que leurs biotopes se sont largement réduits ou parce que, plus spectaculairement encore, leurs populations ont fortement diminué.

Deuxième enseignement général du recensement: la situation varie sensiblement d'une région à l'autre du pays. Ainsi, les Alpes recèlent une biodiversité record, leur large palette d'altitudes et de reliefs créant naturellement un nombre élevé d'habitats distincts. Par exemple, l'endroit où ont été découverts le plus d'espèces de papillons diurnes est la vallée de Zermatt: un biologiste en a recensé 80, dont le très rare mélitée des linaires, sur une surface d'un kilomètre carré. A l'inverse, le Plateau, qui bénéficie pourtant d'un «bon potentiel», affiche de médiocres résultats: les animaux qu'il abrite envahissent année après année les listes rouges.

Le Monitoring de la biodiversité ne fait que commencer. Destiné à répéter inlassablement ses observations, il devrait rassembler au cours du temps des données toujours plus riches et toujours plus utiles. Pour comprendre et pour agir.