Qu'est-ce qui pousse une femme à vouloir à tout prix se déshabiller devant autrui? A part l'amour, il y a l'art. A Vienne, actuellement, on assiste à une sorte d'enchères de corps: les jeunes Autrichiennes se disputant le droit de poser nues dans un tableau vivant composé de 50 modèles féminins signé, si l'on peut dire, par l'artiste new-yorkaise Vanessa Beecroft.

Ce tableau, baptisé VB 45, soit la 45e performance de l'artiste, sera visible à Vienne le 16 février prochain, à l'occasion de la présentation d'un nouveau complexe regroupant la plupart des musées d'art contemporain de la capitale. L'ouverture du complexe artistique est prévue, elle, pour juillet.

L'initiative revient à la Kunsthalle qui a recruté les volontaires par petites annonces et par tracts. «Cela a été beaucoup plus facile que nous ne nous y attendions. La réponse a été tellement enthousiaste que nous n'avons pas dû élargir la recherche au-delà de Vienne», a déclaré Claudia Bauer, porte-parole de la Kunsthalle. Les organisateurs ont déjà sélectionné 40 modèles et doivent choisir les 10 derniers dans les prochains jours. L'artiste voulait des femmes âgées de 18 à 35 ans, minces et qui mesurent entre 1,75 et 1,85 m.

Vanessa Beecroft travaille sur les corps, ou plutôt avec: c'est sa matière première. Elle choisit généralement des filles «calibrées», ni trop grosses ni trop petites, qu'elle habille de sous-vêtements raffinés. L'occasion de s'interroger sur l'image de la femme et la censure. Elle a déjà présenté des compositions similaires dans des galeries et des musées, à Genève notamment, à la Galerie Analix et au Mamco. Lors de son Show au Guggenheim Museum de New York, en 1998, les filles portaient un bikini. A la Gagosian Gallery de Londres, en mai 2000, elles l'avaient ôté. Ces filles nues, vêtues de leurs seuls escarpins, habillées de leur seule peau, debout, qui regardaient le public, avaient un petit côté helmut-newtonien. A cette occasion, Vanessa Beecroft déclarait: «Si les hommes ne viennent que pour voir une femme nue qui se tient debout sur ses talons comme si elle était habillée, en regardant le public, eh bien, voilà. Je ne sais pas si cela engendrera plus de respect, si cela ira au-delà. Peut-être qu'après avoir vu ça vingt fois, ils commenceront à penser autrement. Je n'en suis pas sûre. C'est une expérience.»

Le 16 février, les 50 jeunes femmes sélectionnées devront rester debout pendant trois heures. Elles ne pourront ni parler ni croiser les regards des spectateurs. Le public étant invité à observer comment la fatigue affecte les corps et modifie le tableau vivant.

Les Autrichiens ont déjà eu l'occasion de prouver qu'ils n'étaient pas pudibonds: l'année dernière, l'offre d'une chaîne de vêtements d'habiller de neuf gratuitement les premiers clients à se présenter nus à l'ouverture de ses magasins avait provoqué des bousculades de gens dans le plus simple appareil, avant d'être interdite.