L'agence VII (Seven) est née dans d'extraordinaires circonstances. Sept photojournalistes renommés, établis à Londres, Paris ou New York, décident en 2001 de créer une structure légère pour diffuser leurs reportages. Un peu comme Magnum un demi-siècle plus tôt, ces professionnels veulent mieux défendre leurs propres intérêts, en particulier face aux grandes agences qui se concentrent sous la férule des Bill Gates, Getty ou Hachette. Petite, souple, tirant parti des nouvelles technologies de l'image, l'agence VII est fondée le 9 septembre 2001. Le jour même de l'assassinat du commandant Massoud, deux jours avant l'attentat du World Trade Center. Autant dire que les projets initiaux des photographes sont bouleversés par la guerre qui ne tarde pas à éclater en Afghanistan, puis en Irak. Les sept photojournalistes, qui vont bientôt être neuf, puis dix, partent aussitôt sur le terrain, par leurs propres moyens. Le résultat de cette couverture collective de la guerre, de 2001 à 2003, peut être découvert dès aujourd'hui au Musée international de la Croix-Rouge.

Comme le note l'International Center of Photography de New York, qui a contribué à la mise sur pied de cette exposition itinérante, l'agence VII est «l'un des groupes de photojournalistes les plus engagés et actifs du moment». Engagé, actif… comment décrire autrement un James Natchwey, croisé du reportage de guerre, héros inquiet du documentaire War Photographer du Suisse Christian Frey, surtout talent immense? James Natchwey inaugure le reportage collectif de l'agence VII. Après avoir assisté en France à la conférence de presse qui marque la création de l'agence VII, Natchwey rentre chez lui à New York, tard dans la soirée du 10 septembre 2001. Le lendemain matin, à peine a-t-il le temps de se servir un café qu'un premier avion percute devant ses fenêtres l'une des tours du World Trade Center. Le photographe saute sur ses appareils et part prendre parmi les plus stupéfiantes images de cette journée apocalyptique.

Alexandra Boulat s'apprête en septembre 2001 à passer trois mois en Afghanistan pour le compte du magazine National Geographic. Devant la tournure des événements, le magazine retire son soutien à la photographe parisienne. Alexandra Boulat part tout de même pour l'Afghanistan, mais en pleine guerre, pour le compte du magazine Time. Le Britannique Gary Knight, autre membre de l'agence VII, n'a lui pas de plans précis en ce début septembre 2001. Quelques jours plus tard, il est au Pakistan, puis en Afghanistan avant de rallier l'Irak, comme les autres membres de l'agence.

Voyageant pour son propre compte, plus ou moins protégé par des soldats qui se servent de son téléphone satellitaire pour joindre leur famille, Gary Knight est en première ligne à l'approche de Bagdad. Un jour, un blindé américain explose devant lui, victime de l'artillerie irakienne. La photographie qu'il prend une minute après l'attaque est un concentré d'agence VII, synonyme de maîtrise formelle, et du sacro-saint principe «être au bon endroit au bon moment». Un Marine gît au premier plan. Les autres soldats sont choqués. La tourelle du blindé prend un angle étrange. L'enjeu de la bataille, un pont sur le fleuve, figure le coin droit de la photo.

C'est une image forte. Une belle image? «Oui, et alors? note Alexandra Boulat, présente hier à Genève aux côtés de Gary Knight. Cette photo me fait penser au Radeau de la Méduse de Géricault. C'est une composition grouillante qui a un point central, des lignes de fuite, et des tonalités qui signalent que l'on est dans un endroit plutôt qu'un autre. Il y a toujours eu des peintres de guerre. Pendant la Révolution française, ce sont des artistes qui ont témoigné de l'événement. Ils n'ont rien empêché, ni rien suscité non plus. Mais leurs peintures sont aujourd'hui les seules sources visuelles de la révolution. Leur fait-on le reproche de l'esthétique?»

«War», agence VII, Musée international de la Croix-Rouge, 17 avenue de la Paix, Genève. De 10 h à 17 h sauf le mardi. Jusqu'au 14 août. Rens: http://www.micr.org