Ce n'est pas moi. Je le jure! Le bébé de Rachida, je ne suis pas le père. Promis. Les jumeaux d'Angelina, OK, je veux bien. Mais là, non. Je n'y suis pour rien.

Mais reprenons. Quelle étrange semaine. Quelle belle semaine! Mercredi, Rachida Dati confirme qu'elle est enceinte. Elle a pour cela des mots formidables, des mots à la hauteur de ses yeux de faonne et de son intelligence aux abois éternels. J'attends un enfant. Je vais taire le nom du père. Ma vie privée est très compliquée. A 42 ans, une grossesse, c'est risqué. Si tout se passe bien, j'aurai bouclé la boucle. Sinon, «j'en serai très chagrinée, je mettrai du rouge à lèvres là-dessus et je porterai ce sac toute seule».

Et voilà que, le lendemain, ce dadais de José Maria Aznar, oui, l'ancien premier ministre espagnol, l'ami de Sarko, publie un communiqué pour dire qu'il n'est pas le père, contrairement à ce qui se dit sur le Net. Quel goujat. Ou quel vantard. Ou les deux.

Fille d'un Algérien très sévère débarqué dans les années 1960, brillante, appliquée, culottée, plus fine politique qu'elle ne le paraît, adepte, comme on l'a écrit, du «liberté, égalité, réseaux», dotée de 11 frères et sœurs, grimpée très vite et sans appuis traditionnels jusqu'en haut de l'échelle politique, favorite de Cécilia Sarkozy, éclipsée et reléguée par Carla Bruni, Rachida Dati était jusqu'ici un personnage de comédie humaine comme Balzac aurait pu en inventer. Rachida, Nicolas, après tout, et je ne suis pas le seul à le penser, ne sont que deux sortes de parvenus qui se sont hissés, depuis dehors, au-dessus des cercles fermés des élites françaises. Un jour, Nicolas s'est remarié avec une aristocrate à guitare. Un autre jour, Rachida a fait un bébé, presque toute seule.

Rachida Dati tait-elle le nom du géniteur par loyauté avec son propre père, dont elle semble guetter l'approbation? Tragédie. Et si c'était Nicolas le papa? Co(cu)médie. Procréation artificielle? Roman d'anticipation.

En attendant la réponse et la naissance, Rachida Dati a ajouté une figure au personnel identificatoire du Village people. Celle de la mère sans époux ni compagnon. Une forme d'indépendance très française.

Liberté, égalité, rouge à lèvres.