Chère Catherine Allégret, Je vous écris après un début de mois d'octobre bien mouvementé. Je parle de vous, bien entendu. Pour ceux qui se bouchent le nez au simple mot «people» (les pôvres, comme dirait le Papet), pour ceux surtout qui commencent à tout mélanger, dans la grande affaire du déballage de votre trousseau de famille sale, je reprends. Vous êtes donc Catherine, Catherine Allegret, la fille de Simone Signoret et du cinéaste Yves Allegret. Un autre Yves (voyez, déjà, les rôles commencent à se brouiller), un autre Yves, dis-je, Yves Montand, fut le grand amour de votre mère Simone, et finit par vous adopter. Il n'y a donc aucun lien de sang entre cet Yves adoptif et vous. Bon. Vous êtes une bonne actrice, mais votre carrière, depuis quelque temps, est un peu so-so. Pas facile de grandir à l'ombre de deux baobabs.

Le 6 octobre, badaboum, les spots médiatiques vous tirent de votre crépuscule de star clignotante. Vous sortez un livre dans lequel vous racontez que Montand avait sur votre corps d'enfant des gestes déplacés, qu'il fut longtemps dragueur, frôleur, attoucheur jusqu'à une scène rapprochée, sur un couvre-lit déchiré. Vous prétendez que votre maman savait. Un autre qui n'ignorait rien, c'est Benjamin Castaldi, l'homme de télé qui est votre fils et qui a lâché le morceau, cet été, dans un bouquin. Depuis, certains journaux comme Paris-Match vous ont traitée comme une traînée. Votre livre, dites-vous, doit rétablir la vérité.

Chère Catherine, faisons bref. Nous, les gens sans tapis rouge ni projecteurs, sommes tous très fatigués de ces plateaux de demi-stars qui nous polluent et déversent leurs ordures de famille sur nos petites existences. Marre de ces gens qui croient qu'une blessure encore ouverte peut servir de fondement à une vie flottante. Au début, c'était drôle. Maintenant, nous craignons d'être irradiés. Reste que votre histoire, même si c'était un pur mensonge, vaut la peine d'être lue quand vous racontez qu'au fond, vous ne savez pas très bien jusqu'où Yves est allé, qu'Yves était tellement brillant que même si votre douleur n'a jamais guéri, vous lui avez tout le temps pardonné.

Pendant des années, l'omerta a empêché les affaires de pédophilie d'être entendues, et les malades – victimes et bourreaux – d'être soignés. Mais aujourd'hui, c'est le contraire. Merci de rappeler, comme vous le faites, Catherine, que ces histoires sont toujours très compliquées, hélas.