André Manoukian. Si la vie était moins vache avec cette pauvre France, ce serait lui. Lui, André Manoukian, grande mèche de rastaquouère et blazer à vendre des aspirateurs même aux ménagères désespérément poutzeuses de 50 ans, lui, paupières tombantes mais verbe haut, lui, le juré le plus cool de l'émission de téléréalité Nouvelle Star, lui dont on ne saura jamais s'il est un people verni d'une mince couche de savoir ou s'il ne cache pas plutôt, sous une pellicule de mondain superficiel, une belle culture, inquiète. André Manoukian est moyennement drôle, ce qui en fait quelqu'un de fun, André Manoukian distribue des vannes comme un plombier parisien, André Manoukian cite Jean-Paul Sartre, Deleuze et Roland Barthes entre deux candidats condamnés à mâchouiller leur balavoinerie triste, après le métrosexuel et le rétrosexuel, André Manoukian redonne ses lettres de noblesse plaquées or au logosexuel qui émaille sa conversation de comparaisons moites comme un intellectuel en stage de camping, André Manoukian a toujours sur la langue une image qui sent la fleur de foufoune et la fleur de rhétorique du revendeur de fripes grand lecteur, André Manoukian est pianiste de jazz, il a travaillé avec Aznavour, Petrucciani ou Janet Jackson, il est aussi arrangeur-compositeur, il a été le compagnon de Liane Foly avant qu'elle ne s'achète un nouveau nez.

Surtout, André Manoukian, cela se voit sur lui, est un genre de rescapé de l'anonymat, un type qui a longtemps barboté dans la pénombre d'une semi-célébrité et d'une simili-réussite, et à qui sa popularité tardive donne deux deuxièmes ailes, un genre de bonus cadeau surprise. C'est rien, c'est pas grand-chose, mais c'est tout le contraire de tous ces people de tous les plateaux de télévision de tous les pays qui ont calculé leur carrière, leur ascension et qui tremblent, chaque matin, de voir s'accélérer la lenteur de leur ascension, ah, ces flétris du miroir, ces rassis du nombril, ces Sarkolènes des sondages fébriles, ces frustrés du microcrédit qui ont toujours l'air de vouloir remplir ras bord leur assiette au «buffet à volonté», ah si la France comptait plus de Dédé, quelle douce et fréquentable France ce serait.