Quand j'étais petit, j'avais de petits bouquins sur les animaux de la ferme. Il y avait Chipie la jeune chienne, Hamilcar le canard. La petite truie? Elle s'appelait déjà Elodie.

Et si c'était elle? Et si c'était elle, Elodie Grogrouin euh, pardon, Elodie Gossuin, le messie de la République, celle qui, par son sacrifice sur la paille, comblait enfin la fracture sociale chère à Chirac?

Ne riez pas, peuple de bobos de peu de foi. Depuis une semaine, cette ancienne Miss France et Miss Europe qui vient d'être élue conseillère régionale, à 23 ans, participe à la nouvelle émission «La Ferme des célébrités», sur TF1. Le principe de ce jeu de télé-réalité est simple: des people de seconde zone et de troisième choix jouent à vivre un peu comme des fermiers du XIXe siècle.

En pratique, «La Ferme» connaît un succès phénoménal. C'est une émission vachement bête, méprisante et ratée – surtout si on la compare à son modèle américain, à mourir de rire et étonnamment dialectique, comme on peut le voir sur Canal +. En théorie, «La Ferme» de TF1, c'est pourtant la France d'en haut qui vient rencontrer la France d'en bas. La faune parisienne qui décide de découvrir le biotope de ceux qu'elle s'en va visiter, une fois par an, au Salon de l'Agriculture.

Eh bien, en jouant les fermières d'opérette, Elodie Gossuin a dépassé toutes ces espérances de rapprochement: elle a réussi à réunir contre elle des socialistes, des communistes et des lepénistes bramant qu'une personnalité venant comme elle d'être élue conseillère régionale (Picardie/UMP), ne peut pas abandonner son mandat pour une émission qui risque de durer plusieurs mois. Elodie Gossuin, ô toi qui sembles avoir été élevée au gros grain, louée sois-tu. Au rythme où va cette affaire, le jour où tu seras éjectée de La Ferme, on verra Arlette et Jean-Marie entamer une danse des canards sur ton costume de petite dinde d'une grosse farce.