Combien de choses sont déjà mortes, les seins à l'air, un samedi soir, sur la banquette arrière d'une voiture? Combien de rêves romantiques tripotés puis dépucelés?

Il y en a une, au moins, qui a eu plus de chance: Anne Hathaway, la comédienne qui se taille un succès haute couture dans Le diable s'habille en Prada, film actuellement prêt-à-consommer. «La chance de ma carrière, raconte Anne Hathaway, ça a été Brokeback Mountain, la scène où je me déshabille dans une voiture, avec l'un des deux cow-boys.» Jusqu'alors, Anne Hathaway avait empilé les rôles de Cendrillon commerciale auxquels la prédestinaient ses grands yeux de biche manga affectée d'une intense myopie. Avec Brokeback, elle donne à voir un talent complexe qui dépasse, de loin, la perfection de son bonnet.

Dans Le diable s'habille en Prada, Anne Hathaway interprète une stagiaire maraboutée par la rédactrice en chef d'un magazine de mode. Elle confond Gap et Givenchy, porte le bleu de l'an dernier, oublie ses amis dès qu'elle chausse des stilettos superchers mais finit par retrouver le sens des vraies valeurs, non sans avoir soulevé, chez le spectateur, plein de questions existensielles (combien Chanel a-t-il payé pour qu'on voie Anne se balader en noir et blanc? Et pourquoi ne parle-t-on jamais de Prada?)

Comme chez toute star ascendante, l'image encore neuve d'Anne Hathaway se brouille à mesure qu'elle s'impose. Un magazine la fiance à un promoteur de biens immobiliers catholique, un autre la dit seule. Un tel dit qu'elle n'a que 3 paires de chaussures. Un tel qu'elle était capable, dès 4 ans, de piquer un sprint en talons aiguilles. Ici, elle a dû perdre plein de kilos pour son dernier rôle. Là, en prendre.

Depuis son succès dans Le Diable, Anne Hathaway a été surnommée «la future Julia Roberts».

Profite, jeune Anne. Bientôt, comme Julia Roberts, tu ne pourras plus traverser le moindre film sans que le personnage que tu tiens dans la comédie des people ne vienne masquer le rôle que tu joueras à l'écran. Profite. Le plus dur, dans le show-business, c'est d'être une ex-future.