Deux yeux bleus, une peau très claire. On pourrait croire que, sur l'échiquier de la pipologie française, l'acteur comique Gad Elmaleh occupe une case blanche. Humour fin, jolie gueule polie par l'ambition. Sans oublier une identité de juif marocain revendiquée, certes, mais suffisamment rabotée pour lui permettre, comme samedi dernier, de présenter la cérémonie des Césars français. A Gad Elmaleh les cases blanches, donc. Et à son double négatif, ce pauvre Dieudonné (peau foncée, dérapages mal contrôlés), les cases noires, forcément. Voilà ce que l'on pourrait croire.

Sauf que pas vraiment. Ce Gad Elmaleh, qui forma un si beau couple avec l'actrice Anne Brochet et que le film «La vérité si je mens 2» propulsa parmi les personnalités françaises plébiscitées, on le croit né au Sud. Certes, Gad a vu le jour dans Casablanca la Blanche, en 1971. Mais il a très bien raconté au magazine «Le Monde 2» que sa vocation est née dans le noir d'une nuit froide. Le garçon rêveur avait 15 ans. Son père, marchand de jouets, l'avait amené au théâtre. L'adolescent reste dans la salle obscure, il frissonne, il comprend que la vie sous les projecteurs n'est que la face visible d'un travail de taupe en sous-sol, répétitions, recherches, tâtonnements fébriles. Désormais, c'est la formule «comédien pour la vie» qu'il va graver sur son pupitre. A 19 ans, après un détour par le Canada, le jeune Elmaleh entre au cours Florent. Premier one-man-show en 1996. Premier film, «Salut cousin!». Gad se taille un costume de lumière, silhouette volubile, mains bavardes, voix coulante, accent pied-noir. Son personnage de Chouchou, travesti maghrébin, le place sur orbite télévisuelle. Maintenant, c'est son troisième spectacle, «L'autre c'est moi».

L'autre c'est moi. Chez Gad, l'humour masque l'inquiétude. «C'est vrai, il y a des rires qui me dérangent, j'ai arrêté d'attendre du public qu'il comprenne mes sketches comme moi je les ressens.» Sur l'échiquier du show-biz francophone, les cases blanches ou noires sont toujours mieux délimitées. Derrière sa peau pâle et ses costumes sombres, avec son brio lumineux et ses angoisses enténébrées, Gad Elmaleh est un des rares people à rôder dans la pénombre, dans ces zones si prometteuses où tous les hommes sont encore gris.