Je trouve toujours instructif de voir comment d'autres se débarrassent de leurs peurs. Les montagnes qu'ils déplacent pour qu'on les aime. Les tonnes d'énergie lourde qu'ils déploient pour distraire d'eux le risque de l'opprobe. Voilà pourquoi, même s'il n'était pas cette saison le chroniqueur le plus scandalogène de la télévision, il n'est pas interdit, le dimanche soir, de regarder Guy Carlier, ogre billettiste aux côtés d'un Marc O. Fogiel aux bajoues de chacal apprivoisé, dans «On ne peut pas plaire à tout le monde».

Guy Carlier, tout le monde en parle! Il y a quelques semaines, l'homme a déclenché un ramdam de forge cyclopéenne en croisant le fer avec Alain Delon et Elizabeth Teissier. Carlier fait même l'objet d'une plainte, celle que les avocats de la famille de Saddam Hussein lui ont collée au train. Et dire que ce type a écrit des guimauves pour Demis Roussos et les paroles du maxi-tube «Y'a pas que les grands qui rêvent».

Et le gros Carlier, à quoi rêvait-il lorsqu'il était encore directeur d'une société de décoration et qu'il gribouillait des textes, entre deux avions? A être un artiste? Car la vie publique de Carlier est sa deuxième vie, sa deuxième chance («Il y a deux hommes en moi, et j'en supporte le poids»). Une carrière qui commence par hasard quand, pour faire rire son fils, Carlier téléphone à la radio France Inter et se fait passer pour un prof de math sadique, Monsieur Zernati. Delarue l'entend et l'embauche. Mais Carlier revient sur France Inter, avec Laurent Ruquier avant de donner la réplique à Stéphane Bern. La télévision, c'est le grand saut: «A la radio, il n'y a pas la chair, j'ai pu être le Carlier idéal que j'aurais aimé être.»

Il y a le physique Carlier, bien sûr, cette chose XXL tellement intéressante dans un paysage audiovisuel où les corps servent désormais de tremplin. Il y a l'intelligence Carlier, aussi, qui rappelle l'instinct du petit gros, à la récré, si habile à déceler les faiblesses du roi du préau. Merci Carlier. Le trait outrancier, le scandale et la provoc' sont des armes trop précieuses pour les laisser aux seuls partis réactionnaires, aux nostalgiques sans talent et aux avares télévisuels.