Ah! Ah le sourire de l'actrice Hilary Swank, cette semaine, en une du magazine Elle. Cette splendeur XXL. Ce brushing XXL. Cette bouche XXL. Cet appétit XXL (à côté, Julia Roberts a l'air d'une chi-chipoteuse). Ah, la fascination XXL du chroniqueur samedistique, quand il tombe sur cette photo.

Hilary Swank vient donc de remporter l'Oscar de la meilleure actrice pour avoir joué une boxeuse dans le dernier film de Clint Eastwood (lire en page 38). Pour ce rôle, celle qui a longtemps dormi dans sa voiture faute de pouvoir se payer un loyer, a pris huit kilos – musculation, blancs d'œufs, haleine de coyote en panne d'Odol. Ah, la beauté carrée du visage d'Hilary jouant les bagarreuses, avec deux maxillaires de macho.

Il y a cinq ans, Hilary Swank avait déjà raflé un Oscar. C'était pour le film Boys don't cry. A l'époque, Hilary était une inconnue. C'est tout juste si elle avait brillé dans des concours de natation et aligné les rôles dans des séries TV à l'eau-de-vaisselle. Pour Boys don't cry, Hilary avait fortement maigri, creusé ses joues, coupé ses cheveux, histoire de coller à la peau de son personnage de fille déguisée en garçon. Ah, la vérité bouleversante de son visage d'androgyne errant.

Deux Oscars. Deux rôles fortement masculins. Deux visages certes longuement transformés par les régimes et les maquillages, mais d'une justesse sans faille. Et maintenant, en une de Elle, la vraie Hilary, naturelle. Quelle chose bouleversante. Comment cette «vraie» figure peut-elle avoir l'air si composite? Comment un visage peut-il à ce point ressembler à un masque?