Quel est le moment préféré du créateur de mode le plus influent de la planète? Ses défilés avec leur parterre de stars? Non. L'annonce des nouveaux bénéfices réalisés par la maison Louis Vuitton, dont il signe les collections? Même pas - et pourtant, Marc Jacobs pèse, en tout, 5 milliards de chiffre d'affaires. Alors? Alors, ce que Marc Jacobs préfère, ce sont ses deux heures de gym quotidienne. «Tout ce que j'ai à faire, c'est obéir à mon coach. J'adore. En ce moment, j'adore qu'on me dise ce que je dois faire.» De l'aube à la nuit, Marc Jacobs prend des tonnes de décisions futiles (bleu ou rouge, ce sac?) mais qui pèsent des millions. Et ce qu'il préfère, c'est obéir. «Comment peut-on être un titan de l'industrie et si fragile?» se demande le magazine GQ.

Jusqu'ici, Marc Jacobs était «seulement» le designer le plus en vogue des années 2000. 45ans. New-Yorkais. Une mère qui se fichait du bon goût comme de sa première fourrure rose. Une première collection grunge qui le met à la rue, mais qui en fait une idole précoce. Plein d'amis en train de devenir aussi célèbres que leurs parents, Sofia Coppola, etc. Un sens de la fête et du déguisement que les années, la drogue et l'embonpoint viennent émousser. Bientôt, le joli garçon aligne les collections chic-cool mais devient un bosseur grassouillet qui se cache derrière un look de prof de maths.

Depuis un an, le petit milieu de la mode et son immense public se déchirent. Faut-il aimer Marc Jacobs ou le haïr? C'est que le designer a changé, et de manière spectaculaire. Il a maigri. Il s'est musclé. Il s'est «bling-blinguisé» - diamants aux oreilles, Rolex, tatouages bizarres. Il sort avec un ancien escort-boy. Il lui est arrivé d'accuser d'énormes retards. Et de faire comme s'il s'en fichait. Il pose nu dans son corps d'adolescent androgyne. Il avoue avoir replongé et être entré en cure de désintoxication. A l'heure où le voyeurisme semble s'émousser, il a fait de sa vie une histoire de tabloïd. Le narcissisme semble être devenu «sa nouvelle addiction».

Marc Jacobs a 45 ans. C'est l'âge où on décide de sa deuxième moitié de vie. Où l'on choisit son déclin. Il envoie paître les convenances. C'est un choix qui se discute. Mais je soupçonne ceux qui le haïssent de lui jalouser cette forme de courage.