C'est un jour d'enfance grise. Il y a un petit garçon qui regarde la télé. Sa mère aussi regarde la télé. C'est l'heure des nouvelles. Soudain, la mère pleure. Elle dit: «Aujourd'hui, tout le monde est heureux.» Elle se remet à pleurer.

Si on était dans un film des frères Coen, c'est à ce moment qu'un tueur avec un nez cassé et une coiffure à la Mireille Mathieu ferait irruption pour killer l'enfant et sa mère, tchac-ka-tchac-ka-tchac. La suite? Gros plan sur la flaque de sang de maman. Zoom avant sur la chair de sa chair éclaffée contre la tapisserie. Stop, coupez.

Cette scène de tuerie est inventée. Mais le début, le garçonnet, sa maman actrice qui pleure, l'appartement triste ont existé. En tout cas, c'est comme cela que l'acteur Javier Bardem le raconte. Il avait 6 ans dans l'Espagne grise d'alors. A la télé, on venait d'annoncer la mort de Franco. Et sa mère pleurait de joie.

Javier Bardem est le people de la semaine parce que, tout auréolé-olé de son Oscar reçu pour No Country for Old Men, il est actuellement à l'affiche du dernier film de Woody Allen. Et qu'il partagerait la vie de l'actrice Penélope Cruz. Beau couple.

Et surtout belle personne que ce Javier Bardem. Né en 1969, descendant d'une famille d'acteurs, lui-même comédien à 6 ans, il fait tout pour échapper à la caméra. Du rugby. Les beaux-arts. Mais il finit par se retrouver aspiré par la caméra, intellectuellement stimulé par le fait qu'en jouant, il «découvre le monde avec d'autres yeux». Le comédien débute avec des réalisateurs espagnols, Almodovar, Hollywood. Des rôles à la mesure de son physique de catcheur. Puis une palette de jeu qui s'enrichit, de Jambon Jambon à ce poète homosexuel cubain qu'il interprète dans Before Night Falls. Beaucoup de travail pour fuir la facilité d'une carrière toute tracée d'étalon «ibère-sexuel». Celui qui ne voulait absolument pas être acteur comme ses parents, son frère et sa sœur, aura donc fini par dédier son Oscar à tous les comédiens d'Espagne. «J'ai décidé de travailler à ne plus fuir mon destin.» Happy end. Parfois, les injonctions de loyauté familiale sont belles à porter.