On devrait admirer son poignet et la montre qui brille dessus – «à partir de 4190 euros», ajoute la publicité. Et on ne voit que sa main, une main tellement impressionnante qu'on dirait le dos d'une lionne au repos. Au-dessus, son visage présente ce qu'il faut de chirurgie esthétique pour ressembler, comme tant de femmes de la jet-set, à un masque funéraire inca. Mais les yeux! Si la chèvre de Monsieur Seguin avait eu de tels yeux, elle aurait repoussé le loup au-delà du petit matin.

La femme qui pose ainsi, depuis cette semaine dans la presse française pour la marque de montres Meyers, n'est pas un mannequin insipide. C'est Mouna. Oui, oui, vous avez bien lu, Mouna Ayoub, la multirichissime femme d'affaires qui n'a pas besoin de cachetonner pour arrondir ses fins de mois, Mouna la collectionneuse (de robes haute couture, cela s'entend), Mouna l'égérie des stylistes, des artistes et des acteurs. «C'est la première fois que Madame Ayoub pose ainsi», s'enorgueillit le directeur parisien de la maison horlogère Meyers. Cette marque lancée en 2001 et qui affirme être basée à Bienne vient de placer son nom en grandes lettres lumineuses dans la rade genevoise. Pour sa nouvelle campagne, elle se cherchait une personnalité hors du commun. Elle l'a trouvée.

Fille d'une infirmière et d'un entrepreneur chrétien libanais, du genre à vouloir être «la star de la chorale», Mouna a juste 20 ans lorsqu'elle tombe amoureuse puis épouse Al-Tharik qu'elle suit à Riyad. Le mari devient conseiller du roi, amasse une fortune colossale, la couvre de bijoux. Mouna étouffe sous son voile et les conventions – un jour qu'elle aurait laissé voir une de ses magnifiques mains, un de ses gardes l'aurait frappée. Cinq enfants. Autant de divorces du même homme («Je l'aimais, je ne pouvais pas imaginer une autre à ses côtés»). Un livre où elle a raconté son départ, l'éloignement de ses enfants. Un statut de muse de la haute couture – 1543 robes au moins. Puis le Phocea, bateau légendaire qu'elle rachète à Tapie. Des fêtes, clic clac, la tête qui tourne, les robes Gaultier baptisées au champagne, clic clac, des photos dans les gazettes pipoles, clic clac, la rencontre de Dominique Desseigne, président du groupe Barrière qui gère le Casino de Montreux, clic clac. Et puis cette étonnante campagne de pub dans un pays, la France, qui se déchire actuellement autour du port du voile, clic, clac.