L'homme le plus élégant du monde sera-t-il élu président des Etats-Unis?

Barack Obama. L'homme le plus élégant du monde, c'est lui. Lui, le rival d'Hillary Clinton dans la course à la candidature démocrate pour les présidentielles américaines. Lui, né d'un père Kényan venu aux Etats-Unis pour étudier, et d'une mère blanche. Grandi à Hawaï entre une demi-sœur à moitié indonésienne, un beau-frère chinois, «des cousines qui ressemblent à Margareth Thatcher et des repas de Noël qui font penser à une assemblée générale de l'ONU». Brillant juriste qui choisit, en 1985, de se faire animateur et militant social, dans des quartiers difficiles de Chicago.

En quelques mois de campagne, Obama a tout fait. Il a donné des meetings puissants comme des concerts de rock, prononcé des discours dignes d'un leader, parlé des Etats-Unis en rassembleur post-baby-boom, exhibé une carrure morale et rhétorique de présidentiable. Mais aussi comptabilisé plus de couvertures de magazines people que Heidi Klum. Exhibé ses abdos chocolat en short de bain à Hawaï. Eté élu l'homme le mieux habillé par plusieurs magazines glacés influents. Eté pris sous l'aile d'Oprah Winfrey, la journaliste de télévision überinfluente qui s'est pour la première fois déclarée ouvertement pour un candidat. Posé de multissimes fois avec Michelle, son épouse, dans des mises en scène tenant à la fois de la réincarnation du clan Kennedy et d'une pub pour Ralph Lauren. Comme Sarkozy en son temps, d'ailleurs, Barack Obama fait campagne en couple, secondé par une femme qui n'hésite pas à critiquer son époux, à étaler leurs bisbillettes maritales (il ne range pas le beurre) comme pour mieux faire ressortir ses extraordinaires qualités morales.

L'homme le plus élégant du monde sera-t-il président des Etats-Unis? Une seule chose est sûre. Il y a dix ans encore, poser pareille question (pourtant tout à fait légitime, et intelligente, et lucide), c'était passer pour quelqu'un d'évaporé. Aujourd'hui, que même le plus myope des observateurs politiques a compris que l'image et les émotions (dé) font le pouvoir politique, seuls les analystes aveugles prendront encore cette question de haut.