«Je suis né le 21 août 1950, et j'ai grandi à La Tour-de-Peilz. Si j'étais né à Paris ou à New York, dans un milieu très ouvert sur la vie et sur le monde, j'aurais peut-être rêvé d'un destin plus ordinaire.»

C'est Patrick Juvet qui parle. Et ces mots qui respirent la trouille de mourir moisi ou noyé, sous une grande vague de cafard, par une après-midi de clapotis mous sur la Riviera vaudoise, servent d'introduction à son autobiographie. Le bouquin s'appelle évidemment Les bleus au cœur – vous vous souvenez de la chanson, tu maquilles tes yeux gris d'un nuage de lassitude, blablabla, les miroirs ne font pas le bonheur, hmmmm-hmmmm, laisse tous ces petits riens qui font des bleus au cœur, etc. Bien sûr, «Les bleus au cœur» croisent très loin des rivages de la grande littérature. Mais Patrick Juvet, désormais quinquagénaire et installé en Espagne, se livre comme un visage démaquillé, avec une sincérité sans ride.

On apprend évidemment une foule de trucs et de gossips sur le show-biz, Juvet confirme ce que l'on croyait avoir deviné du tempérament narcisso-spéculaire d'un Jean-Michel Jarre, raconte les femmes qu'il a admirées, aimées charnellement, les maisons de disques d'alors, la spirale ascensionnelle du Studio 54, à New York, le tourbillon pailleté incroyable de ce grand blond né d'un père boutiquier vaudois et devenu, à l'époque, aussi star qu'une Britney ou qu'un Elton.

Sexe, succès déconcertant, amours libres de tous les bords, libertés, épisodes de la vie d'un gigolo, confusion des sentiments, indémêlable étreinte de l'amour et de l'amitié, fric à flots, dérives, alcoolisme, fond du trou (boire comme). C'est le cocktail devenu banal de la téléréalité et des magazines people. Sauf qu'ici, rien ne semble (encore) calculé ni cynique. Et combien les nuits romandes semblent loin, aujourd'hui, du tableau qui en est donné par Juvet! Sans oublier cette question jamais épuisée de savoir d'où peut venir chez un jeune individu de bonne petite famille ordinaire, ce talent pour la vie facile, les mélodies heureuses, l'euphorie pailletée? Est-ce seulement le hasard qui transforme un jour en destin une vague envie de se sauver?