Il y a trois ans, quelqu'un avait comparé ses cuisses à des barils pétroliers. C'était devant les millions de téléspectateurs de la «Star Ac'» américaine. Jennifer Hudson, la propriétaire des bienheureux barils, avait d'ailleurs été virée du concours. Trop boulet. Pas assez canon.

Aujourd'hui, alors qu'elle commence tout juste à enregistrer son premier disque, Jennifer Hudson fait la couverture du «Vogue US». On ne lui aurait demandé qu'une chose: ne pas maigrir d'un gramme.

Jennifer Hudson vient de remporter l'Oscar du meilleur second rôle pour son jeu dans «Dreamgirls». Elle a grandi à l'ombre d'une église, a été nourrie aux gospels de sa grand-mère, et elle chante, paraît-il, formidablement bien.

Virée de la «Star Ac'» parce qu'elle ne correspondait pas aux standards plastiques de la musique arenbi actuelle, Jennifer Hudson joue dans «Dreamgirls» une chanteuse douée mais elle aussi lourdée de son groupe pour cause de surpoids. Dans le film, on lui préfère un personnage plus maigre et plus blanc de peau interprété par la star planétaire Beyoncé Knowles. Dans la vraie vie, Beyoncé a dépensé des fortunes en régimes (pas toujours convaincants, d'ailleurs), et il paraît qu'elle a la peau blanchie de jalousie de se voir éclipser par celle qui devrait être une rénégate du show-biz et que toute l'industrie du glamour s'arrache soudain.

Hier, les vedettes de la soul black étaient souvent des tabassées par la vie. A nous les nostalgiques, il nous semble qu'alors, les vies façonnaient les voix. Aujourd'hui, les Jennifer ont une vie publique avant d'avoir une carrière artistique. Question vécu, c'est un réel progrès. Mais je me demande si, question carrière artistique, ça ne complique pas les choses. Surtout quand on est, comme Jennifer Hudson, plutôt Noire, et qu'on doit son premier Oscar à un film où on s'appelle Miss White.