Un beau visage sur lequel le nez, adolescence oblige, s'étire comme un toboggan. Mimique au minimum syndical. Jordy, 17 ans, est sorti vainqueur, la semaine dernière sur TF1, de l'émission de téléréalité La Ferme Célébrités, en portant les signes de sa puberté bien élevée, mais sans se gêner, entre deux séances de traite des vaches, de piquer du nez dans le décolleté des filles aux seins repulpés.

Vous vous souvenez de Jordy, Jordy Lemoine. Il y a treize ans, un garçonnet français de quatre ans, nourri au lait Duracell, squatte les hit-parades avec sa chanson Dur, dur, d'être un bébé. Il est habillé en petit crack – en ces temps reculés, déguiser son enfant en adulte n'était pas encore la norme. Jordy se produit dans le monde entier. Ses parents disent qu'ils rachètent à travers lui leur carrière ratée (aujourd'hui, les mêmes parents déguiseraient leur faim de revanche sous un détachement cool et charabia psycho). Papa et Maman Jordy lancent des habits Jordy, des jeux Jordy, une ferme Jordy, un club Jordy, un Jordyland avant de voir leur trésor blond hué aux Victoires de la musique. La Jordy Family fait faillite, le Jordy Papa et la Jordy Maman divorcent. Frau Jordy emmène Junior Jordy en Normandie dans une vraie ferme, à l'abri. Jusqu'à ce que Jeune Jordy ressorte de son anonymat en participant à La Ferme Célébrités.

La Ferme dont le prince est un enfant has been à 17 ans… J'ai adoré, sans cynisme, cette émission peuplée de barjottes dont les lèvres siliconées ressemblaient à une paire de cervelas, ou de génies déchus larmoyants comme des vieilles filles (Patrick Dupont). Que Jordy, ce presque enfant plongé dans un monde d'adultes immatures ait remporté, à 17 ans, la palme du meilleur people sans avenir: quel vertige, quelle vérité! Non?