«Epouse Big! Epouse Big!»… Ce matin-là, devant les portes des studios californiens où débute le tournage des derniers épisodes de «Sex and the city»*, les pancartes sont dressées. Manif de femmes. Drôles de suffragettes, pourtant, qui militent pour que Carrie Bradshaw, l'héroïne de «Sex and the city», épouse Mister Big, un bourrin patriarcal 100% boulot-macho-phallo.

Dès ses débuts, «Sex and the city» a fait figure de série culte. C'est que des millions de femmes se sont identifiées à Carrie, la belle journaliste qui rêve d'amour-toujours mais traverse la vie sans string ni illusions. Il faut dire que l'histoire de Carrie s'inspire de la biographie d'une vraie journaliste new-yorkaise. Et que la comédienne qui l'incarne, Sarah Jessica Parker, donne l'impression de ressembler à son personnage de riche célibataire désopilante…

Sauf que non. Sarah Jessica Parker n'est pas une city-girl comme son personnage Carrie, mais une fille de la campagne – d'ailleurs, dans la vraie vie, elle utilise encore du shampoing pour cheval à 5 dollars le litre. De même, Sarah Jessica n'est pas une croqueuse d'hommes. Elle est mariée-scotchée à l'acteur Matthew Broderick, et maman d'un petit James. Et puis, Sarah Jessica est tellement prude qu'elle ne parle jamais de sa vie sexuelle à ses copines – contrairement à Carrie dont c'est à la fois le métier et le loisir principal. Enfin, Sarah Jessica a commencé sur les planches à 8 ans. Avec ses sept frères et sœurs, ses parents militants, des Noëls sans électricité et une enfance à la Dickens, elle a grandi aux antipodes de Carrie, la journaliste qui dit «Manolo» au lieu de «souliers». Et ce n'est pas là le moindre mérite de «Sex and the city»: faire passer l'artifice pour du naturel, la pure fiction pour de l'autobiographie. Tout en tricotant un marivaudage fin de siècle au-dessous de la ceinture (Gucci, la ceinture). Mais bon. Tout ça, ces interprétations, quelle importance.

Mariera, mariera pas?

* A voir tous les lundis soir sur TSR1. Sixième et dernière année: dès mars 2004.