Alors Tomi Putaansuu est sorti de l'ombre. Alors, Tomi Putaansuu a pris le micro. Alors, Tomi Putaansuu, s'exprimant dans un anglais raffiné, a appelé ses fidèles à faire preuve de mansuétude. Quasi peace et presque love, a-t-il dit.

Le comique de cette histoire, c'est que l'homme qui en appelle ainsi au calme, ce Tomi Putaansuu, est le leader de Lordi, le groupe de rock finlandais accusé de satanisme, et qui a remporté l'Eurovision.

C'était fin mai, à Athènes. Contre toute attente, Lordi, ses musiciens déguisés en spectres de carton-pâte et en Vikings de jeu vidéo, boosté par les votes des fans de ce genre musical, l'avait emporté, sous les foudres de l'Eglise grecque (vade retro!) et la colère des animateurs en sucre (Michel Drucker, vrai méchant, démasqué).

Depuis, un journal a publié la photo de Tomi Putaansuu sans son déguisement, et révélé son identité, contre son gré. Depuis, le musicien, qui n'en demandait pas tant, est devenu une sorte de héros national, porte-voix de la fierté finlandaise mais aussi de ceux qui demandent que la presse respecte la sphère privée. Depuis, Lordi et ses créatures hantent des discussions sur la portée des images, l'innocence du théâtre de la cruauté, la liberté d'expression. Ok, Lordi joue un rock d'opérette qui ne cassera jamais trois pattes à un revenant sanglant. Mais pour une fois que l'Eurovision sert à autre chose qu'à propager le mauvais goût, cette horreur indélébile qui salit bien plus que l'hémoglobine...