Quel drôle d'insecte cathodique, cette Cindy Sander. Assurément, le plus intriguant phénomène people du mois.

Cindy Sander, c'est cette chanteuse amateur très plouc et légèrement douée qui se présente, un jour, pour participer à Nouvelle Star, l'émission de M6 qui cherche des chanteurs. Lors de l'audition, Cindy en fait des tonnes, question gestuelle et maquillage. Elle chante comme un pommeau de douche qui se prend pour Céline Dion. Recalée! Couverte de sarcasmes par le jury parisien! Cindy se mange la méga-honte.

Sauf que, bientôt, le Net bruisse de Cindy. Des milliers de messages ou de vidéos naissent. Une moitié pour défendre Cindy. L'autre pour s'en moquer, et parodier sa chanson. Son refrain cul-cul devient culte: «Pa-pil-lon de lu-mièr', sous les prô-jec-teuuurs...»

Petit à petit, Cindy retourne la situation. Elle, la provinciale, est invitée à la télé, effet Ch'tis oblige. Canal+, toujours à la pointe de la beauferie déguisée en cynisme, le décrète: «Il faut sauver Cindy!» Cindy raconte comment M6 l'a poussée à exagérer ses tics, en vue de la ridiculiser. Elle pose en victime, façon Dîner de cons. Mais sans rancune, comme dans les Cht'is (encore). Elle plaît aux cultureux qui se croient malins parce qu'ils maîtrisent les codes. Et elle touche les recalés qui ont besoin d'être consolés. Elle finit même par réintégrer, pour un soir, l'émission dont elle a été éjectée et qui réalise enfin, grâce à elle, un bon audimat!

Cindy a maigri. Elle n'a plus l'air d'être provinciale. Mais de jouer à la provinciale. Son histoire rappelle la série télé Ugly Betty, qui raconte l'ascension d'une fille moche et finaude dans le milieu du show-biz, où tout le monde est beau mais méchant.

Cindy a-t-elle habilement retourné la situation? Ou avait-elle prévu son coup? Et si c'était M6 qui avait tout manigancé, et engagé Cindy pour jouer les dindes et doper son audimat en échange d'un peu de célébrité? Ne riez pas, aux Etats-Unis, une émission de téléréalité a ourdi ce genre de combine. Alors?

Alors, reprenez avec moi cet hymne digne de nos années narcissiques: «Pa-pil-lon de lu-mièr', sous les prô-jec-teuuurs»...