Ecoles rouvertes, boutiques achalandées… Un mois après le tremblement de terre qui, le 26 janvier, a ravagé l'Etat du Gujarat dans l'ouest de l'Inde, la vie reprend ses droits. Certains habitants cependant dorment toujours dehors, trop choqués pour revenir dans leur logement, d'autant que de nombreuses répliques ont eu lieu ces derniers jours. A Bhuj, l'une des villes les plus touchées par le séisme, des quartiers entiers ne sont toujours que des ruines. Malgré un mois de travail, des tonnes de gravats restent à déblayer.

Aujourd'hui, l'ancienne ville historique de Bhuj ressemble à un immense camp de réfugiés, avec des tentes à perte de vue. Peu nombreux pourtant sont ceux qui ont déserté la ville. «Je suis né ici, et j'y mourrai. J'appartiens à Bhuj, à ses bonheurs et à ses malheurs», témoigne un survivant. Les équipes de secours internationales sont toujours présentes sur place pour soigner les blessés. Même si le gouvernement indien a débloqué des fonds et que plusieurs entreprises envisagent d'adopter des villages, les travaux de reconstruction n'ont pas commencé au Gujarat; l'heure est encore à l'urgence. Cela d'autant plus que des dizaines de villages n'ont toujours pas reçu la visite des sauveteurs. Comme le souligne Bob McKerroy, le délégué en Inde de la Croix-Rouge: «Nous devons accroître nos missions d'évaluation, notamment dans les districts isolés proches de la frontière pakistanaise. De nombreux sinistrés ne sont toujours pris en charge par aucun organisme de secours.» Beaucoup de bourgades, complètement rasées, sont aussi devenues des villes fantômes; leurs habitants ont fui sur les routes après avoir tout perdu.

Ce tremblement de terre - dont le bilan officiel fait état de 30 000 morts – a été l'occasion d'un mouvement de solidarité exceptionnel dans le sous-continent. Des milliers de tonnes de couvertures, de médicaments et de vivres ont été collectés. Mais de même que la coordination des secours avait été critiquée au moment du séisme, la distribution de l'aide provoque colère et frustration. Certains quartiers reçoivent trop; d'autres pas assez. Surtout, une partie de l'aide humanitaire est détournée par des caïds locaux qui la revendent au prix fort, ou par des propriétaires terriens de haute caste qui la redistribuent avec parcimonie aux paysans les plus pauvres. Malgré le démenti des autorités, la hiérarchie impitoyable de la société indienne fait sentir ses effets même après une catastrophe naturelle.