Des bancs tous les 150 mètres, pour fractionner un déplacement qui peut être épuisant quand on n'a plus tout à fait 20 ans. Des îlots de sécurité où faire une halte dans la traversée d'une route à fort trafic. Des feux pour piétons adaptés à la vitesse de marche des aînés, plus proche de 2 km/h que des 4 km/h sur lesquels sont réglées les minuteries, soit la vitesse supposée du piéton lambda. Mais aussi des trottoirs larges (au moins 2,5 m), pourvus d'un revêtement antiglisse, dégagés de tous véhicules et bien sûr abaissés par endroits pour permettre le passage d'un déambulateur ou d'une chaise roulante. Et des bus offrant un service quasiment porte à porte, circulant sans à-coups et délivrant leurs passagers au ras de la chaussée.

C'est l'espace urbain tel qu'il devrait être pour que les personnes âgées puissent y circuler sans trop de risques. Or, comme le vieillissement va s'accélérant - en 2050, l'espérance de vie devrait être de 85 ans pour les hommes et de 98,5 ans pour les femmes - la société devra se mettre, tôt ou tard, à repenser la ville et la circulation.

Au Japon, les autorités ont ainsi expérimenté des feux pour piétons permettant de moduler le temps de traversée d'une simple pression sur le bouton de commande: à une pression brève correspond une durée courte de traversée alors qu'une pression longue garde le feu plus longtemps au vert. Simple et efficace. Pendant ce temps l'Angleterre teste le feu intelligent, qui attend que tous les piétons aient traversé avant de passer au rouge, c'est le projet «Pussycat». Depuis peu, la Belgique a instauré un «code de la rue» assez chevaleresque puisqu'il donne systématiquement la priorité au plus faible. Une démarche à laquelle la France s'intéresse de près, selon Maryvonne Dejammes du Centre d'étude et de recherche sur les transports urbains de Lyon. «Depuis 2005 la loi française exige l'accessibilité à l'espace public, transports compris, aux personnes affectées de tous types de handicap, physique, mental, mais aussi aux personnes âgées. Souvenons-nous que 60% des malvoyants ont plus de 60 ans. Jusque-là, on s'était surtout préoccupé des personnes en chaise. J'observe désormais une vraie tendance dans les pays européens à rendre la ville accessible aux personnes âgées.»

A Genève, Alain Rouiller de l'Association transports et environnement (ATE), a réalisé une étude pilote dans cinq quartiers pour voir comment les aînés vivaient la ville. Les autres cantons romands devraient suivre prochainement. «Nous avons ciblé les aînés fragilisés, soit les très âgés, explique-t-il. Nous leur avons soumis un questionnaire pour déterminer les obstacles qu'ils rencontraient sur leur parcours quotidien: difficultés pour traverser, vitesse des voitures inadaptée, trottoirs encombrés - on oublie que les personnes âgées ne peuvent pas se faufiler. Dans les zones concernées, la vitesse est déjà limitée à 30 km/h, mais il faut aussi prévoir de vrais changements: bancs, feux adaptés, etc. Beaucoup de personnes âgées n'osent pas sortir le mercredi de peur d'être bousculées.»

Dans un environnement qui ne tient pas compte de leur fonctionnement, les aînés sont trop souvent victimes de la circulation. En Suisse, en 2004, 62% des piétons tués (et 40% des cyclistes) étaient âgés de plus de 65 ans. Ils se trouvaient la plupart du temps sur un passage piétons et n'avaient, dans la majorité des cas, pas commis d'erreur. «C'est un chiffre important et d'une manière générale, qu'ils soient à pied, en vélo ou en voiture, les seniors paient un lourd tribut à la circulation. En 2004, 122 seniors sont morts sur la route. Près de la moitié, 59, étaient des piétons, 39 se trouvaient en voiture, 17 circulaient à vélo et 6 sur un deux-roues moteur», relève Michael Rytz auteur de l'étude sur les seniors et la sécurité routière réalisée pour l'ATE, et rendue publique mercredi.

Pour le chercheur, il faut absolument adapter le trafic aux personnes âgées, d'autant plus qu'elles seront toujours plus nombreuses au volant. Il est donc nécessaire d'abaisser les vitesses - les aînés conduisent lentement -, de changer la signalisation - ils ne peuvent enregistrer de trop nombreuses informations à la fois -, et de sécuriser les intersections, haut lieu des collisions en raison de la diminution de leur vision latérale et aussi d'un niveau d'attention plus bas. Attention, relativise Michael Rytz, les aînés sont en général de bons conducteurs, il faut juste tenir compte de leurs facultés. «Demain, avec le vieillissement de la population il y aura moins d'accidents dus à l'alcool et plus d'accrochages relatifs au non-respect des priorités.»