Mobilité

«Les villes sont d’abord conçues pour la voiture, non pour les cyclistes»

Derek Christie, spécialiste de la mobilité à l’EPFL, s’intéresse aux préférences des individus en matière de transports. En ville, les gens ont tendance à privilégier la marche au vélo, par peur des accidents

Le Temps: En Suisse, le vélo compte de nombreux aficionados, mais reste peu présent sur les routes. Pourquoi?

Derek Christie: Dans les villes suisses, on se déplace beaucoup plus à pied qu’à vélo. La marche est le moyen de transport numéro un, bien qu’elle soit très mal distribuée dans la population: un individu moyen parcourt 1,8 à 1,9 kilomètre à pied par jour. Cette moyenne cache le fait qu’un jour donné, un tiers de la population ne marche pas du tout dans l’espace public alors que 12% dépasse les cinq kilomètres! On oppose souvent vélo et voiture, mais il existe aussi une compétition entre marche, vélo et transports publics urbains.

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Vous avez étudié les préférences des individus en termes de mobilité. Pourquoi les citadins choisissent-ils la marche plutôt que les transports publics ou le vélo, plus rapide?

La marche est le moyen de transport privilégié lorsque les transports publics sont insuffisants. Dans les villes romandes, il y a davantage de marcheurs, car les trams et les bus sont plus lents que dans les villes alémaniques. Quant au vélo, il est souvent perçu comme dangereux. En outre, beaucoup de personnes sont découragées par les vols. C’est un vrai problème, trop peu traité: demandez aux cyclistes autour de vous, certains en sont à leur quatrième bicyclette volée!

S’il y a davantage de vélos sur les routes, cela agira peut-être comme un déclencheur pour des politiques visant à améliorer les infrastructures.

Avec la multiplication des systèmes en libre-service ou des «e-bikes» sur les routes, le vélo va-t-il s’imposer de lui-même, ou faut-il des politiques publiques pour accompagner ce processus?

Le vélo ne s’impose pas de lui-même dans des villes d’abord conçues pour la voiture, avec la densité de trafic routier que l’on connaît. Les routes genevoises ne sont pas favorables aux cyclistes inexpérimentés. Cela dit, s’il y a davantage de vélos sur les routes, cela agira peut-être comme un déclencheur pour des politiques visant à améliorer les infrastructures. Dans nos sociétés sédentaires, promouvoir le vélo n’est pas seulement une question de politique de mobilité, mais aussi de santé publique.

Des infrastructures dédiées au vélo comme les pistes cyclables sont-elles nécessaires, ou faut-il simplement laisser les deux-roues se mêler au trafic?

Cela dépend de la vitesse du trafic. Sur des routes à 50 km/h, des pistes cyclables de bonne qualité sont nécessaires pour des raisons de sécurité, mais aussi de santé, le cycliste en plein effort étant particulièrement exposé au monoxyde de carbone et aux oxydes d’azote. Une piste cyclable offrira une meilleure distance entre vélo et voitures et évitera aussi les conflits entre piétons et cyclistes. Au centre-ville, en revanche, on constate une philosophie de mélange entre trams, voitures, bus, cycles et piétons. Cela fonctionne à condition d’être en zone 20 ou 30, à trafic lent.

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