Portrait

Vincent Jarvin, album de famille

Il a longtemps travaillé dans le high-tech à Morges avant de se lancer dans le livre écolo pour enfants avec le soutien du «Jarvin Crew», un frère, quatre sœurs, une épouse, un fils et une fille

Les souvenirs d’enfance font battre délicieusement le cœur, s’ils sont heureux. Lui n’en manque pas. Le décor: Paris, le XIIe arrondissement. Un appartement étriqué genre trois chambres, salon, cuisine, salle de bains. Et là-dedans la famille Jarvin composée de huit personnes. Les parents, les quatre filles et les deux garçons dont Vincent, le numéro deux dans l’ordre d’apparition. Personne n’a sa propre chambre mais tout le monde en a une. La dernière-née dort dans le tiroir du bas. La maman est institutrice. Sitôt la porte de sa classe refermée, elle entrouvre celle de sa maisonnée aussi remuante qu’une cour de récréation. Le papa, né Néerlandais, est traducteur. Tout cela crée beaucoup d’ambiance et une émulation. Les grands lisent aux petits des histoires et quand la fratrie se rend à la bibliothèque c’est avec un caddie (quarante bouquins au minimum).

Jo Bonobo et Prisca

Un quart de siècle plus tard, les Jarvin ont grandi, sont disséminés (Allemagne, Espagne, Suisse) mais toujours ensemble. Continuent à se donner rendez-vous autour des livres. Pas n’importe lesquels: ceux de Vincent. L’an passé, il a publié deux ouvrages pour enfants de 5 à 8 ans. Titres: Jo Bonobo n’a plus de cabane et Prisca Orca est prisonnière. Trois mille ventes en France et en Suisse et des prix (Dare Award de HEC à Paris, Good Festival Lausanne). Son parcours est singulier. Vincent a fait de brillantes études (Sciences Po à Paris en 2006, puis du management et du marketing), a été recruté par Logitech à Morges. «Je suis intéressé par le high-tech, j’ai passé six années passionnantes au sein de cette société», dit-il.

Lorsque ses enfants naissent à Divonne-les-Bains (Pays de Gex) en 2012 et 2014, Vincent, en papa qui se souvient qu’il fut un grand frère aimant beaucoup conter des histoires, visite les librairies, les bibliothèques mais peine à trouver des ouvrages bilingues. Il parle aussi bien le français que l’anglais, aimerait partager cela avec son fils et sa fille. Jamais mieux servi que par soi-même, se dit-il. Il appelle Alexia, la plus petite de ses sœurs (il avait déjà 13 ans lorsqu’elle est née). Dans un petit appartement à Hendaye, à la frontière avec l’Espagne, adresse secondaire des Jarvin, on réfléchit à une trame, au dessin, à un éditeur. Agathe, épouse de Vincent, institutrice elle aussi, apporte la touche éducative. Vincent, très inspiré, invente le chimpanzé Jo Bonobo et la petite orque Prisca. Ficelle deux histoires que scénarise le groupe et qu’illustre le Parisien Tristan Jaudeau.

Financement participatif

Il frappe à la porte des maisons d’édition qui demeure close. «Un auteur sans connaissance dans le milieu a peu de chances», a-t-il conclu. S’auto-éditer, décide le clan. Alexia a la bonne idée de recourir au financement participatif via une vidéo diffusée sur le site américain Kickstarter. Quatre mille euros tombent dans l’escarcelle des Jarvin Crew (désormais, ils s’appellent ainsi, traduisible en français par équipage Jarvin). La somme permet de payer un imprimeur. Ce sera la maison Chirat près de Lyon qui utilise les encres végétales et du papier certifié PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières).

Car chez les Jarvin, on est écolo. On trie ses déchets, on est anti-gaspi, on fait ses propres yaourts. Vincent, auteur militant, confronte Jo Bonobo aux coupeurs d’arbres qui rasent les forêts primaires et envoie Prisca Orca faire face aux pêcheurs qui retiennent dans leurs filets les mammifères marins. «Apprenons aux enfants à protéger la planète», indique en couverture un bandeau. Les ouvrages sont trilingues (français, anglais, espagnol). Dans un souci didactique, les Jarvin se sont associés à l’organisation iséroise P-Wac (protection des espèces menacées) pour la publication de Jo Bonobo. Pour les aventures de Prisca Orca, Sea Sheperd (protection des écosystèmes sous-marins) est le partenaire (qui passe commande de 300 exemplaires).

Au Salon du livre

Afin de diffuser au mieux les livres, les Jarvin ont physiquement démarché les libraires spécialisés de France et de Navarre, en déposant quatre ou cinq livres ici et là. Un véritable porte-à-porte. Vincent a visité les points de vente suisses. La Fnac et Payot font de la place à Jo Bonobo et Prisca Orca. Des adresses comme La Librerit à Carouge (ouvrages jeunesse) ont aussi joué le jeu. «En une semaine, ils m’ont rappelé parce que tout avait été vendu.» Il proposera une animation lors du prochain Salon du livre de Genève (25 au 29 avril) sur le stand Payot. Autre cible: les épiceries bios comme l’enseigne Chez Mamie qui expose les deux titres entre le tofu et les pignons de cèdre.

Un troisième titre devrait bientôt sortir aux Editions Jarvin Crew, histoire de la fée Roxana et d’un renard en danger qui se déroule en Irlande (traduit aussi en allemand). La thématique suivante tournera autour de la lutte contre les gaspillages. Vincent a déjà rencontré dans les Landes Jérémie Pichon, membre de la très médiatisée famille «Zéro déchet» dont le blog est très lu en France.


Profil

1982 Naissance à Paris.

1995 Naissance d’Alexia, sa quatrième sœur.

2012 Naissance de son fils Joseph.

2014 Naissance de sa fille Priscille.

2017 Publie ses deux premiers livres pour enfants.

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