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20 ans

Vingt années sous la loupe des quadragénaires

En 1998, ils avaient 20 ans. Comment ressentent-ils les changements du monde intervenus depuis? Avec nostalgie, forcément, mais peu de regrets…

Le Temps fête ses 20 ans cette année. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

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Ils ont grandi en écoutant Radiohead ou les Rita Mitsouko, visionnaient à la télévision les séries X-Files ouBeverly Hills et étaient fiers de posséder leur premier Nokia. Ils avaient environ 20 ans en 1998 et se souviennent bien de la mort de Lady Diana, de l’éclipse totale du soleil en 1999, mais ont surtout été marqués, quelques années plus tard, par les attentats du World Trade Center.

Désormais tous quarantenaires, comment voient-ils le monde en 2018? Quel regard portent-ils sur les changements des deux dernières décennies? Quatre Romands se sont penchés sur cette moitié de leur vie qui vient de s’écouler.

A l’exemple d’Isabelle Meylan-Nicod, qui s’interroge surtout quant à la disparition des traces écrites. «A 20 ans, je recevais des lettres que j’aime relire. Aujourd’hui, vu la profusion d’e-mails ou de SMS, on ne les imprime plus. Quelles traces allons-nous laisser?», se demande-t-elle.

Elle s’étonne aussi de l’excès de contrôle sur les images en tant que souvenirs personnels. «Les photos ratées sont toutes effacées. A 20 ans, nos clichés étaient plus spontanés. Je me souviens des photos et selfies de l’époque qu’on recevait par la poste plusieurs jours après les avoir pris. On était impatient de les voir, parfois déçu ou amusé par les yeux rouges ou le mauvais cadrage. Mais ces photos authentiques racontaient une histoire.»

Après réflexion, Isabelle Meylan-Nicod, 43 ans, ne sait pas si c’est la société qui a changé ou son regard qu’elle porte sur celle-ci. «C’est surtout mon point de vue qui a évolué», explique cette psychologue pour enfants et adolescents installée à Lausanne. «Ma perception, mon vécu en tant que mère et mes connaissances ont évolué», dit celle qui se remémore ses 20 ans avec le sourire. «Avec le temps qui passe, on perd un peu de cette légèreté.»

Disparition des représentations collectives

De son côté, Marie-Laure Chapatte rêvait, à 20 ans, d’un destin extraordinaire. Pourquoi pas d’un exploit sportif. «A 40 ans, ce n’est plus mon but, dit-elle amusée. Je recherche simplement du bonheur au quotidien, sans oublier de ressusciter mon grain de folie à certaines occasions.»

Pour cette Jurassienne de 40 ans qui a étudié à Neuchâtel, tout s’est accéléré en vingt ans. «On va vite faire nos courses, on va vite boire un café», constate-t-elle. Elle évoque également un accroissement des règles sécuritaires. «Les sièges auto, puis les casques de ski, je reconnais qu’ils augmentent la sécurité, mais je redoute qu’à terme, avec une société qui tend vers le risque zéro, la fadeur gagne nos vies.»

Adepte des réseaux sociaux, elle déplore toutefois que le smartphone perturbe les liens humains et rende les individus plus solitaires. Selon elle, la technologie modifie l’imaginaire collectif. «Je pense qu’il n’y aura plus de chanteur emblématique comme l’a été un Jean-Jacques Goldman. Aujourd’hui, la multiplication des canaux de distribution, le foisonnement d’artistes, que chacun peut choisir à sa convenance, empêche toute représentation collective commune.»

Leur regard sur les jeunes de 20 ans

Pour la jeune femme, la technologie a aussi modifié le monde professionnel. «On doit se réinventer, explique cette ancienne journaliste économique du Temps devenue conseillère économique à la BCN. Quand j’avais 20 ans, je voulais être journaliste. C’est un métier que j’ai exercé presque vingt ans. Aujourd’hui, les jeunes que je côtoie ne se projettent plus.»

Un avis que partage Gilles Cherbuin, membre de la direction du siège romand de Raiffeisen Suisse à Lausanne. «Mes collègues de 20 ans ont plus de peine à se projeter, par contre ils cherchent davantage de challenge, souhaitent être plus impliqués dans la vie de l’entreprise tout en préservant un équilibre avec leur vie privée.»

«Ils sont surtout moins inhibés et ont davantage l’envie d’entreprendre, ce qui est positif. Et on leur pardonne lorsqu’ils nous expliquent des choses que nous savons depuis longtemps», ajoute, amusé, le géologue Pierre-Yves Donzel.

Chemins de vie moins linéaires

Pour Gilles Cherbuin, c’est l’accès à l’information qui a surtout modifié son métier ces vingt dernières années. «Le client possède autant d’informations que son conseiller quand il vient le voir. Les situations familiales de nos clients se sont aussi complexifiées ces dernières années. Avant, les schémas de vie étaient plus linéaires. Aujourd’hui, la population est plus segmentée avec des attentes différentes.» Il évoque aussi la pression réglementaire qui s’est fortement accrue dans le domaine bancaire.

Pourtant, Gilles Cherbuin n’est pas nostalgique de ses 20 ans. Il aime l’époque dans laquelle il vit et a le sentiment que les gens se rencontrent davantage, même s’ils ont le nez figé devant leur écran. «Il y a plus d’ateliers, de voyages thématiques organisés, d’expériences tournées vers la durabilité et la nature où les gens se côtoient. C’est aussi le paradoxe de la mondialisation. Nous consommons beaucoup plus de produits bios et locaux», applaudit ce fils d’agriculteur qui fêtera en mars ses 40 ans dans son village de Villars-le-Terroir près d’Echallens (VD). La localité a connu en vingt ans un boom démographique, passant de 650 à 1150 habitants.

Travail à temps partiel facilité

Géologue travaillant dans la gestion des déchets, Pierre-Yves Donzel, 42 ans, se réjouit de la plus forte prise de conscience en matière climatique. «Aujourd’hui, nous savons que nos actes peuvent avoir un impact sur l’environnement», explique celui qui ne se dit en rien nostalgique de ses 20 ans: «C’est le propre du géologue d’accepter que tout évolue.»

Il applaudit aussi les changements sociaux qui ont marqué ces vingt dernières années. «Il y a une plus grande équité entre hommes et femmes même s’il y a encore du travail. Les pères sont aussi beaucoup plus impliqués dans l’éducation des enfants, explique ce Neuchâtelois travaillant à Fribourg. Il y a vingt ans, c’était loin d’être acquis pour un homme de trouver un travail à temps partiel.»

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