En Suisse, au cours de leur vie, 25% des femmes ont été victimes de violences sexuelles. Parmi elles, 11% ont subi un viol ou une tentative de viol. Par ailleurs, une femme sur quatre s'est vu infliger des violences physiques. De manière générale, et en prenant en compte des gestes ou des mots déplacés, 40% des femmes en Suisse ont été confrontées à la violence durant leur vie. Ces chiffres sont le résultat d'une enquête de l'Ecole des sciences criminelles de l'Université de Lausanne, réalisée dans le cadre d'une étude internationale qui a pour ambition de cerner la violence contre les femmes dans son ensemble, et pas uniquement dans le cadre du couple. Cette étude a été mise sur pied par deux instituts de l'ONU et 30 pays ont annoncé leur participation. Pour l'instant, seuls l'Australie, la République tchèque et le Danemark ont publié leurs résultats, ce qui permet de constater que le taux de violence dans ces pays est supérieur à celui de la Suisse. 1975 femmes âgées de 18 à 70 ans ont été interrogées par téléphone en 2003 pour les besoins de l'enquête.

«Des recherches ont déjà été réalisées sur la violence contre les femmes dans le cadre conjugal, mais cette étude est la première qui prend en compte également la violence hors du couple», dit Mathieu Simonin, l'un des trois auteurs de l'enquête, à laquelle ont aussi participé le professeur Martin Killias et Jacqueline De Puy. L'étude constate ainsi que les agressions se produisent plus souvent en dehors du couple et dans la sphère publique qu'entre partenaires. Durant leur vie, 18,9% des femmes ayant subi des violences ont été agressées par un ami, une connaissance ou un collègue, 14,4% par un inconnu, 12,9% par leur ex-partenaire, 4,3% par un membre de la parenté et 2,4% par leur partenaire actuel. Cependant, les violences les plus sérieuses, comme le fait de tenter d'étrangler ou d'étouffer, sont commises par le partenaire ou l'ex-partenaire. Au vu des résultats de l'enquête, ses auteurs estiment que le sentiment d'insécurité répandu dans la population féminine «est justifié.» Mais les femmes renoncent encore souvent à dénoncer les agressions qu'elles subissent. Environ 30% des violences physiques et 6% de celles à caractère sexuel sont rapportées à la police.

L'étude a permis d'analyser le profil des partenaires actuels et anciens des femmes interrogées. Il s'avère ainsi que l'éducation, l'origine, les revenus du ménage, la boisson, la drogue et le fait d'avoir des problèmes de violence à l'extérieur du cadre familial jouent un rôle dans l'augmentation du risque d'agression. La dernière variable est la plus fortement liée à la violence au sein du couple, ce qui semble indiquer que celle-ci s'inscrit dans le cadre d'une tendance générale de la personnalité. Au regard de ces critères, les ex-partenaires violents apparaissent comme les plus défavorisés. N'ayant souvent qu'un apprentissage en mains, ils ont généralement un revenu moyen à faible. Les partenaires actuels non violents ont le niveau d'éducation le plus élevé. 82,6% d'entre eux sont Suisses, contre 66,7% des ex.

En Suisse comme à l'étranger, on commence à prendre conscience de l'ampleur du phénomène de la violence contre les femmes. La recherche suggère quelques pistes préventives. «Des études ont montré que la séparation des conjoints est une période critique dans la problématique de la violence, explique Mathieu Simonin. C'est pourquoi il serait utile de prévoir des mesures d'accompagnement pour ces moments-là.» Les hom-mes violents possédant plus souvent des armes à feu que les autres, il serait adéquat, selon les auteurs de l'étude, de prendre les mesures de sécurité qui s'imposent.

Plus généralement, il faudrait chercher à casser le cycle de la violence à sa racine, en intensifiant par exemple les mesures de prévention à l'âge de l'adolescence. Il conviendrait également, selon les chercheurs, de mettre en place de véritables réseaux de soutien capables de répondre aux besoins des femmes dans les différents aspects de leur vie quotidienne.