Le Temps: Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce forum?

Véronique Ducret: Parce qu’il n’y a pas un seul point de vue critique. Toutes les interventions vont dans le sens de la transmission intergénérationnelle, de la génétique, etc. Le point de vue social, malgré toutes les recherches menées depuis des années, est totalement gommé. C’est une façon de nier que la violence est quelque chose qui se construit. Elle n’est pas génétique, on ne trouvera pas une pilule pour la guérir. Prenons l’exemple des violences conjugales, majoritairement du fait d’hommes contre des femmes. S’il existait un gène de l’agressivité, ces hommes seraient violents tout le temps et contre diverses personnes. Or ils sont souvent parfaits en société. Je travaille sur les questions d’éducation. On voit que l’agressivité est beaucoup mieux acceptée chez les garçons, là où une fille sera immédiatement remise à sa place. Un garçon qui tombe ne devra pas pleurer, une fille sera consolée. Que retiennent-ils de cela? Les garçons sont dans la force, la puissance et n’apprennent pas à gérer leurs frustrations. Ce type d’éducation peut tout à fait justifier la violence plus tard.

– Mais il y a quand même une marge entre être fort et violent.

– Oui et, heureusement, des tas d’hommes sont non-violents. Tous n’ont pas la même éducation et certains réfléchissent plus que d’autres. Parce qu’il s’agit bien d’un choix. Ce qui nous dérange dans le point de vue médical, c’est qu’il revient à déresponsabiliser les auteurs de violences. Il ne remet pas en question le rapport dominant-dominé, or les femmes sont beaucoup plus touchées.

– Qu’en est-il des femmes qui battent leurs enfants et des enfants battus qui deviennent maltraitants?

– Je ne travaille pas dans ce domaine, mais ces femmes sont souvent dépressives ou dépassées par leurs tâches. Quant aux enfants, beaucoup d’études évoquent cette reproduction mais nombre d’enfants s’en sortent également très bien. Là encore, l’explication est à chercher dans la socialisation, dans ce qui est perçu comme acceptable ou non.

– L’intitulé de ce forum est-il erroné, ou incomplet?

– Je ne suis pas généticienne et ne veux pas rivaliser sur ce terrain. Une chose est sûre, il manque la dimension sociale. Longtemps, on a parlé d’un gène du crime et tout expliqué par cela. Le racisme n’est pas loin. Conclure à un déterminisme reviendrait à catégoriser les individus dès le départ, sans tenir compte de leur environnement. C’est dangereux et absurde.