Mountain View est une bourgade du sud de Palo Alto, une ville au centre propret – ses trottoirs feraient pâlir un municipal helvétique –, aux petites bâtisses pastel, située au pied de la baie de San Francisco. Nous sommes au cœur de la Silicon Valley, cette enfilade de sièges d’entreprises high-tech qui alimentent désormais notre quotidien d’internautes. En voiture ou en train – oui, il y a une ligne ferroviaire –, on ne fait pourtant que les deviner, ces fameux quartiers généraux, derrière leurs murailles beiges et leurs hautes futaies.

«Virevoute» est un vieux mot neuchâtelois signifiant une sinuosité, des tours et détours. Il renvoie à «revirevoutes», toujours au pluriel, et plus répandu naguère, qui se situait dans le même champ lexical. «Parler par revirevoutes» signifiait ainsi une manière de s’exprimer par circonvolutions. S’exprimer en zigzags, par circonlocutions, dirait-on aussi. On découvre ces jolis mots, lourds mais expressifs, dans le Glossaire neuchâtelois, de J. H. Bonhôte, publié chez Wolfrath et Metzner en 1866. Cette somme a été scannée et rendue accessible sur le Web grâce un moteur de recherche très actif dans le livre. Un géant de la Toile qui a son siège, on l’aura deviné, à Mountain View.

La démarche de Google n’est certainement pas philanthrope, mais relevons ce trait du moment. Pour notre plaisir, depuis une banlieue rosée du sud de San Francisco, «virevoute» est réinjecté dans les méandres de la Toile.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.