Antispécisme

Virginia Markus: «Les poules sont les premières victimes de notre consommation»

La militante antispéciste Virginia Markus s’est infiltrée illégalement dans un parc de poules de Micarna, filiale de Migros, pour filmer les conditions d’élevage et dénoncer «le fossé entre le marketing et la réalité»

La militante Virginia Markus, adepte des actions coups-de-poing, est entrée de nuit, illégalement et équipée d’une caméra, dans les parcs de poules parentales de Micarna pour dénoncer leurs conditions d’élevage. Ce dernier, fournisseur de Migros, est connu pour produire les escalopes, médaillons ou poulets entiers estampillés Optigal présents dans les rayons des supermarchés. «Il y a six halles par site, plus ou moins grandes. Je suis entrée dans deux d’entre elles situées à Vernayaz, mais je suis allée voir tous les sites valaisans», assure Virginia Markus.

D’après ses vidéos, que Le Temps a pu visionner, la volaille est enfermée dans des bâtiments sans fenêtres. Les images de poules à l’arrière-train déplumé, de poussins aussi gros que leur mère entassés à l’arrière d’un camion et de cadavres de poules sur le sol défilent. «Les ouvertures sont recouvertes de tôle. Il y a seulement une bouche d’aération, commente-t-elle. Les poules se font chevaucher toute la journée et se battent entre elles. Elles sont tellement obèses qu’elles ont de gros kystes sur les pieds! Ça sent l’ammoniaque partout, car les excréments stagnent sur place.»

Conditions d’élevage légales, mais immorales

En soi, rien d’illégal. Contacté par Le Temps, le vétérinaire cantonal précise que «des contrôles ont été effectués dans les cinq parcs avicoles du canton détenant des poussins et poules parentales» et qu’«il n’a pas été relevé de lacunes importantes sur le plan des infrastructures et des soins aux animaux».

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«Oui, mais c’est immoral», rétorque Virginia Markus, qui milite depuis maintenant quatre ans. Elle a ainsi publié une enquête sur l’industrie laitière suisse en 2017, a réalisé des caméras cachées dans des centres d’élevage et d’abattage et a participé, en mars 2018, au sauvetage de 18 cabris de l’abattoir organisé par le groupe 269 Libération Animale. Elle a récemment créé son association antispéciste, écologiste et égalitariste, Co&xister, via laquelle elle a diffusé la vidéo de ce sauvetage.

La société Micarna mise sur la transparence et met en évidence sur son site internet le bon traitement de ses animaux. Son porte-parole insiste sur l’ouverture la semaine dernière d’un nouveau parc de poules parentales à Sierre, «le seul de Suisse qui offre la possibilité aux parents de faire de l’exercice dans un jardin d’hiver». Mais ce n’est valable que pour l’un de leurs sites.

Le marketing contre la réalité

Six sites de poules parentales, ou poule pondeuses, sont implantés en Valais. Des milliers de poules et de coqs y sont élevés pour se reproduire afin que leur progéniture soit engraissée. «Leurs œufs fécondés, soit 90% des œufs, sont déplacés dans un couvoir situé à Avenches et ceux non fécondés sont utilisés comme aliment pour animaux», explique le porte-parole de Micarna.

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Virginia Markus reconnaît la transparence de cette démarche, mais dénonce le fossé entre le marketing propre en ordre de ses spots publicitaires et les conditions de vie réelles des animaux. «On peut tout trouver sur leur site internet, mais les images diffusées par le groupe ne sont pas réalistes, estime l’activiste de 29 ans. Leur publicité sous forme de dessin animé illustre de belles images et de beaux jardins. Je voulais montrer ce qu’il se passe vraiment à l’intérieur.» Elle veut surtout inciter les citoyens à signer l’initiative populaire contre l’élevage intensif. La militante ajoute: «Les animaux doivent être reconnus comme des êtres sensibles. Pour aboutir à une société sans souffrance animale, il faut changer le cadre légal.»

Sensibiliser le consommateur

Une vision que ne partage pas la Vert’libérale Isabelle Chevalley. Pour elle, le changement est entre les mains du consommateur. «Il doit être responsable de sa consommation et devenir un «consomm’acteur». Ce n’est pas aux politiques d’agir en premier. Si aujourd’hui les conditions d’élevage sont ainsi, c’est parce que le consommateur pousse à avoir les prix les plus bas», déclare-t-elle.

Virginia Markus assume l’illégalité de son opération de sauvetage. Elle est entrée dans les sites illégalement et a volé 24 poules, qui sont aujourd’hui placées dans des familles. Quatre d’entre elles errent d’ailleurs dans son jardin. «Le but est de montrer que les poules sont des individus et non pas une ressource alimentaire, résume l’activiste. Ce sont les premières victimes de notre consommation, car de plus en plus de personnes se tournent vers la viande dite blanche. Les enquêtes ne suffisent plus. Sensibiliser le consommateur, c’est bien, mais cet exercice a des limites. Il faut mener des actions directes comme celle-ci, qui a au moins sauvé la vie de 24 poules.»


Trois papiers d’opinion récents au sujet de l’antispécisme:

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