Portrait

Virginie Jean, qui murmure à l’oreille des vaches d’Hérens

Depuis toute petite, la Valaisanne a noué un lien très fort avec les animaux. Elle met aujourd’hui ses dons de guérisseuse au service de la race d’Hérens

Vaillante est d’une extrême sensibilité. Il y a deux ans de cela, lorsque son propriétaire est décédé, elle est entrée en dépression. Elle est désormais mélancolique à l’approche de ce triste anniversaire. D’autant que, atteinte par la limite d’âge, sa vieille copine Mistral ne broute plus à ses côtés. Cela fait beaucoup pour cette vache d’Hérens, solide physiquement – elle pèse dans les 600 kilos – mais fragile dans sa tête.

A la demande de Christelle, qui a repris l’élevage de son défunt père, Virginie Jean est montée la voir l’autre jour à Vens, au col des Planches, à 1400 m d’altitude, au-dessus de Martigny. Christelle a avisé Virginie que Vaillante boitait un peu. Somatiserait-elle? Virginie s’est approchée doucement de Vaillante, a caressé son flanc, a massé, lui a susurré des mots apaisants. «Elle monte à l’alpage dans trois semaines, ça devrait donner le tour», juge-t-elle.

Un sixième sens

Virginie Jean possède ce que l’on appelle un don. Celui d’entrer en relation avec le monde animal avec un sixième sens. Elle est médium et guérisseuse, avant tout à l’écoute, captant des fragments de confession, les rapportant aux propriétaires mais aussi aux vétérinaires. «Je ne suis pas une concurrente pour ceux-ci, j’apporte une complémentarité. Si ceux de la plaine me comprennent moins bien, je suis une alliée pour ceux des vallées qui savent ce qu’est une vache d’Hérens», dit-elle.

Je n'avais pas trop confiance en l'espèce humaine, excepté bien sûr ma grand-mère. Ma phrase préférée était: «Je vais promener le chien»

Illustration: une bête éprouve de la peine à porter. Virginie va chercher l’explication en l’écoutant et en chuchotant à son oreille. «Cela peut être à cause du dernier vêlage qui s’est mal passé, d’une maladie, d’une gêne comme la présence d’un kyste, ou plus simplement parce que la vache a besoin d’une année de pause», explique-t-elle.

Virginie a vécu entourée d’animaux dès l’enfance. Ils étaient même ses seuls vrais amis. Orpheline de mère dès l’âge de 4 ans, elle a été en partie élevée par sa grand-mère aux Mayens d’Arbaz. Un peu sauvageonne, elle vit dehors avec les vaches. Et sous la table de la cuisine avec le chien et les chats. «Je n’avais pas trop confiance en l’espèce humaine, excepté bien sûr ma grand-mère. Ma phrase préférée était: «Je vais promener le chien», confie-t-elle.

Petite fille un peu bizarre

Dans sa bulle avec les animaux. Pas seule donc. Petite fille un peu bizarre pour les autres enfants de l’école, moquée parce qu’elle voit des choses que les autres ne soupçonnent pas. Un jour, un garçon de la classe décède. Virginie le voit, quelques jours plus tard, assis à sa place. «Une vache blessée me transmettait une image permettant de localiser la lésion», assure-t-elle.

Elle a suivi à Genève une formation de technicienne en radiologie (lire le corps), a travaillé treize années à l’Hôpital de Sierre puis est passée à autre chose. A la mort de son oncle, auquel elle était très liée, sa médiumnité se réveille. Nourrie de la parole des anciens (sa légitimité), elle décide d’assumer ce don. Elle est fille d’ici, connaît les traits de caractère des vaches d’Hérens, l’hypersensibilité unique à cette race, ce lien au maître «un peu comme un chien».

Incrédules, les éleveurs valaisans aiment à voir pour croire. Et ils la croient. Au point que parfois se déplacer dans les prés ou les étables n’est plus nécessaire. Munie d’une photo, Virginie communique à distance, en méditation, d’âme à âme, puisant dans son amour immense pour ces bêtes leurs appels, demandes, besoins. Elle a aujourd’hui 60 clients. Elle accompagne une fin de vie, tente de régler un problème de comportement, anticipe un événement perturbant (changement de maître, déménagement, nouveau troupeau…) en avisant l’animal.

Le désarroi des bêtes

«Pour les combats de reines, on me demande de venir pour calmer une bête durant le transport, pour transmettre le message si l’une me dit qu’elle ne veut pas se battre. Je ne peux rien faire pour qu’une bête gagne, je peux faire beaucoup pour qu’elle se sente bien», poursuit Virginie. Les vaches lui font part aussi d’un certain désarroi, cette impression qu’elles sont moins honorées, moins gratifiées que jadis, lorsque par exemple elles aidaient l’homme à cultiver la terre.

Virginie Jean vit à Ayent où elle a ouvert un espace énergétique pour les animaux mais aussi les humains. Elle accompagne les grossesses, les personnes dans le coma, celles en fin de vie ainsi que leur famille. De juin à octobre, elle monte «en estivage» avec son conjoint, les deux enfants et les chèvres, au bout du barrage de Zeuzier, à 1800 mètres. Le couple a repris la gérance du gîte de Lourantze, au Rawyl. Il loue des tipis aux randonneurs de passage. Grand air, silence, proximité de la faune sauvage et repas sains que prépare Virginie. Pas d’électricité, pas de réseau téléphonique. Si, dans une autre vallée, une Hérens a besoin d’elle, elle saura le lui faire savoir.


Profil

1980 Naissance à Sierre.

2008 Décès de son oncle, sa médiumnité se réveille.

2012 Ouvre son cabinet, Espace énergétique.

2016 Ouverture du gîte de Lourantze, sur l’alpage du Rawyl.

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